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mardi, 30 juin 2026

La Belgique et sa justice défaillante

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La Belgique et sa justice défaillante

par Pieter

Source: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/

Consultez chaque jour le compte Telegram de Robert Steuckers (liens vers des articles, dans les six langues de l'Académie Royale) : t.me/steuckers

La crise que traverse la justice belge n’est ni un hasard, ni la conséquence de quelques erreurs individuelles seulement. Elle reflète en réalité le caractère même de l’État bourgeois belge. Les tribunaux, les prisons et le droit pénal sont présentés comme des instruments neutres de justice, mais fonctionnent en réalité dans un système où les intérêts des classes possédantes priment sur ceux de la population laborieuse. L’homme ordinaire, qui subit quotidiennement les conséquences de l’insécurité économique, de la criminalité et de la désagrégation sociale dans la société libérale chaotique, constate une justice confrontée à un sous-financement chronique, à des prisons surpeuplées et à la violation de droits fondamentaux (« dortoirs au sol », internés dans des prisons classiques, etc.). Il voit de dangereux criminels libérés après un certain temps, tandis que les victimes et leurs familles restent avec le sentiment d’une justice incomplète.

L’indignation suscitée chez beaucoup par la libération conditionnelle du meurtrier multirécidiviste Freddy Horion traduit une méfiance plus profonde envers le système existant. Le cas Horion illustre la crise des prisons belges, résultant d’une combinaison de surpopulation structurelle, de soins de santé inadéquats, de pénurie de personnel et d’un sous-financement de longue durée. La sécurité à l’intérieur et à l’extérieur des prisons est mise à mal par plus de 13.000 détenus alors que la capacité des établissements tourne autour de 11.000 places. Dans le même temps, la classe ouvrière a bien raison de penser que les responsables politiques et les représentants de l’élite économique subissent rarement, à titre personnel, les conséquences de leurs décisions. Ainsi, le fait que l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt n’ait pas été sanctionné par le juge de police malgré des faits avérés est à juste titre cité comme un exemple de justice de classe: une mesure pour les puissants, une autre pour la population ordinaire. Les États libéraux ne sont des États de droit que de nom.

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Socialisme populaire : l’État a un devoir de protection face aux éléments antisociaux

Il est correct d’affirmer que la classe ouvrière, dans un État bourgeois et un environnement capitaliste, est toujours plus rapidement victime de l’appareil répressif que l’élite dirigeante et la classe possédante. La violence d’État reste toujours un instrument du pouvoir de classe. Cela n’empêche pas de poursuivre l’idéal d’une société socialiste, où l’État socialiste joue à la fois un rôle émancipateur et protecteur.

La classe ouvrière a droit à la sécurité, qu’elle ne doit pas acheter sous la forme de gains financiers auprès de sociétés de sécurité privées. Les intérêts des victimes et de la communauté au sens large ne pèsent pas moins que ceux du coupable. Selon notre vision, les grands criminels ne sont pas des « victimes de la société » au sens où cela annulerait leur responsabilité. Il faut différencier la criminalité issue de la pauvreté, de la marginalisation ou de la désintégration sociale, de la criminalité au caractère résolument antisocial (meurtres en série, viols, abus sur enfants, trafic de drogue organisé, terrorisme).

Les prisonniers politiques dans les prisons occidentales ne peuvent même pas être considérés comme des criminels, mais appartiennent généralement à l’avant-garde militante du changement politique et social fondamental. En tant que victimes des États bourgeois occidentaux, ils sont donc entièrement hors du sujet de ce texte.

Contrairement à la conception libérale, où la peine est avant tout une question de culpabilité et de droits individuels, nous pensons que la peine doit être considérée comme un instrument de protection de la communauté et, lorsque cela est possible, de rééducation. Lorsque la rééducation s’avère impossible, l’incarcération à long terme ou, dans des cas exceptionnels, la peine de mort, peuvent être justifiées.

c15049870e99069c6ec66e16e5efac50.jpegNous partageons la vision notamment de Domenico Losurdo, qui rejette un humanisme abstrait séparant les droits du coupable des intérêts de la société. La compassion envers le coupable ne doit jamais mener à l’indifférence envers les victimes, souvent elles-mêmes issues des classes populaires.

Le socialisme réel a prouvé qu’il est possible de combattre simultanément la pauvreté, la toxicomanie, la désintégration sociale et de lutter énergiquement contre la criminalité organisée et les crimes violents graves.

Aujourd’hui encore, les Républiques populaires de Chine, du Vietnam, de Corée, etc., ainsi que Cuba, associent un discours sur les causes sociales de la criminalité à un droit pénal très sévère à l’égard des crimes graves. Une société socialiste doit s’attaquer aux causes sociales de la criminalité, mais ne peut pour autant tolérer ceux qui terrorisent, nuisent ou exploitent délibérément et de façon répétée la population.

Libéralisme : zèle d’austérité et droits de l’homme mal interprétés

Magistrats, commissions diverses et spécialistes de la justice de tout bord ont à maintes reprises souligné les conséquences néfastes des économies et du sous-financement imposés par les nombreux gouvernements libéraux successifs qui démantèlent les services publics (nous utilisons ici «libéral» au sens large, au-delà des clivages partisans. Toutes les coalitions bourgeoises, tous les partis de pouvoir sont redevables à l’idéologie libérale, avec des nuances d’accent).

Le manque de personnel, les systèmes informatiques obsolètes, les ressources insuffisantes pour les palais de justice et leur sécurité, les importants retards au sein des parquets et tribunaux, mais aussi la complexité de l’État belge (répartition compliquée des compétences, charge de travail élevée, changements législatifs fréquents, lenteur de la prise de décision, endettement important, etc.) contribuent à la situation catastrophique actuelle qui nuit surtout à la classe ouvrière.

Le discours occidental sur les droits de l’homme, appliqué de manière sélective à l’international pour défendre des intérêts géopolitiques et impérialistes, sert au niveau national à maintenir les rapports de force et à créer une classe ouvrière divisée et affaiblie. L’influence des droits de l’homme interprétés de manière libérale sur la justice belge est très importante. Ils imposent des limites à l’action de l’État et du juge, et favorisent une vision dans laquelle la peine ne relève pas seulement de la répression, mais met l’accent, outre la réinsertion du coupable, sur la protection excessive de ses droits.

La justice bourgeoise belge est, outre la Constitution à dominante très libérale, également soumise à la Convention européenne des droits de l’homme, à la Cour européenne des droits de l’homme, à la Cour de justice de l’Union européenne (pour le droit de l’UE), etc. Dans ces textes et jurisprudence, on constate une insistance excessive sur les droits des coupables. Les interprétations libérales des droits de l’homme privilégient les libertés politiques formelles de l’individu, tandis que les sociétés socialistes accordent la priorité aux droits sociaux et économiques de l’individu, ainsi qu’aux intérêts et droits collectifs.

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Nous renvoyons une fois encore à Domenico Losurdo (1), qui distingue à juste titre la liberté formelle de la liberté matérielle. Le droit de vote, la liberté de la presse et les droits individuels signifient peu lorsque de larges pans de la population restent dépendants économiquement. Les droits sociaux (travail, éducation, soins de santé) sont tout aussi essentiels que les libertés bourgeoises classiques.

domenico-losurdo.jpgLosurdo (photo) rejette la conception libérale de l’homme comme individu abstrait doté de droits intemporels. Les droits sont le résultat de luttes historiques et de l’émancipation collective. C’est pourquoi nous soulignons aussi le rôle de la lutte des classes, des mouvements anticoloniaux et des mouvements de libération nationale. Nous ne rejetons pas l’idée de la dignité humaine ou des droits, mais, à la suite de Losurdo, nous affirmons que l’idéologie libérale des droits de l’homme présente à tort son propre développement historique comme universel, neutre et cohérent, alors qu’elle a en réalité toujours été imbriquée dans le colonialisme, la domination de classe et les rapports de force inégaux.

En tant que nationaux-révolutionnaires flamands, nous rejetons donc non seulement l’État belge et l’UE, mais nous ne nous sentons pas non plus redevables aux déclarations de droits d’inspiration occidentale-libérale. Nous ne plaidons pas pour l’abolition des droits, mais pour une conception historique et matérielle de l’émancipation, dans laquelle les libertés bourgeoises sont complétées par des droits sociaux, des droits collectifs et le droit à l’autodétermination nationale. Nous ne sommes pas opposés aux droits de l’homme en tant que tels, mais rejetons fermement leur monopolisation et application sélective par le libéralisme.

Une part importante de la population estime que les grands criminels sont trop légèrement punis et/ou devraient purger leur peine dans sa totalité, et se montre méfiante envers les libérations anticipées. Les juges doivent cependant confronter les lois et décisions aux normes juridiques auxquelles l’État bourgeois belge s’est engagé.

Une critique récurrente est que l’Europe accorde beaucoup d’attention aux conditions de détention des détenus individuels, alors que des problèmes structurels comme le chômage de masse, le sans-abrisme, la pauvreté ou les conséquences sociales des réformes néolibérales ne sont pas considérés comme des questions relevant des droits de l’homme. Une part croissante de la classe ouvrière a du mal avec « l’État de droit » libéral, considéré comme un système où les droits individuels et les garanties procédurales pèsent plus lourd que la sécurité collective et la justice sociale.

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L’opposition à la décadence et à la permissivité libérale envers l’usage de drogues s’accroît également, tout comme l’essor de la criminalité organisée, qui sont autant de manifestations de sociétés capitalistes ou bourgeoises où l’injustice et l’inégalité dominent. Une large partie du camp marxiste occidental est infectée par des idées libérales, qui se manifestent, outre par la politique identitaire, par l’indulgence et l’acceptation de la consommation de drogues. Ils doivent être considérés, tout comme les valets du régime d’extrême-droite, comme des adversaires politiques.

Les gros trafiquants de drogue, les pédophiles (la pédophilie étant une forme extrême d’exploitation et de violence à l’encontre des vulnérables), etc., sont des contre-révolutionnaires qui constituent une menace pour la communauté. Dans la tradition socialiste, les libertés individuelles n’ont pas de caractère absolu. Répression et prévention ne s’opposent pas, mais se complètent. Si la consommation de drogues nuit à la communauté, l’État peut, selon cette conception, intervenir avec de lourdes peines de prison, la confiscation des biens, des programmes de désintoxication obligatoires, etc. Même la sanction suprême de la peine de mort peut être justifiée, ce qui implique, comme déjà indiqué, le rejet des règles juridiques (inter-)nationales fortement libérales dans lesquelles agit l’État bourgeois belge. Ainsi, au sein de l’UE, la peine de mort est incompatible avec l’adhésion (article 2 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE et du droit de l’UE) et les protocoles 6 et 13 de la Convention européenne des droits de l’homme interdisent la peine de mort. Les propositions réformistes de l’extrême-droite ne sont donc que des emplâtres sur une jambe de bois. Elles séduisent une part importante de la classe ouvrière à des fins purement électorales mais n’ont aucune valeur de fond. Une justice différente, juste et adaptée à la classe ouvrière n’est possible que par une critique systémique approfondie et un rejet strict de la politique bourgeoise et de ses structures institutionnelles teintées d’idéologie. L’État socialiste, avec sa « dictature » de la classe ouvrière, offre, contrairement à l’État libéral occidental, la garantie de la protection des droits sociaux, dont le droit à la sécurité pour l’homme ordinaire. Il offre ordre, solidarité et responsabilité sociale là où les ploutocraties libérales deviennent des États-mafias décadents où l’individualisme va de pair avec la loi du plus fort.

Note:

(1) Domenico Losurdo, Critique de l’apolitisme. La leçon de Hegel d’hier à nos jours. Éditions Delga, Paris, 2012, pp. 66-69.

samedi, 27 juin 2026

Comme en 1941: la confusion des chars menace la puissance de frappe de l’Europe

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Comme en 1941: la confusion des chars menace la puissance de frappe de l’Europe

Paris/Düsseldorf. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’UE mise sur une politique de réarmement et de militarisation à coups de milliards. La Russie sert de repoussoir. Mais un regard sur le salon de l’armement « Eurosatory » à Paris, qui a récemment rouvert ses portes pour sa vitrine annuelle, révèle un problème fondamental de la politique européenne de défense, rappelant étrangement les difficultés similaires de la Wehrmacht allemande pendant la Seconde Guerre mondiale : voilà des années que les gouvernements européens invoquent une politique commune de sécurité et d’armement. Pourtant, lors de la principale rencontre du secteur sur le continent, c’est l’inverse qui a été observé : au lieu d’un char de combat unifié pour les prochaines décennies, on voit apparaître de plus en plus de développements nationaux spécifiques. En cas de conflit militaire sérieux, cela pourrait poser un problème logistique considérable à l’OTAN.

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Pratiquement chaque grand constructeur présente aujourd’hui ses propres modèles de chars. KNDS expose le « Leopard » 2 A-RC 3.0 avec tourelle téléopérée, système de chargement automatique, ainsi que radar et défense anti-drones. Parallèlement, l’entreprise met en avant le « Capint » comme possible successeur du char français « Leclerc ». Rheinmetall, de son côté, mise sur le « Panther » KF51 doté d’un canon de 130 mm et de sa propre défense antiaérienne. À cela s’ajoutent le projet avorté germano-français MGCS, le projet européen MARTE, d’autres variantes du « Leopard », ainsi que des voies nationales comme la version polonaise K2 sur base sud-coréenne.

Le résultat : une mosaïque de plus en plus complexe de types, concepts et prototypes. Chaque nouveau char amène son propre logiciel, ses capteurs, son système de conduite de tir, ses pièces détachées et ses exigences de formation. Il faut y ajouter des calibres et des types de munitions différents. En cas d’engagement commun, les forces alliées devraient donc disposer d’une gamme presque ingérable de pièces de rechange, d’outils et de chaînes d’approvisionnement. L’interopérabilité, promue depuis des années, tourne ainsi à la farce. D’un point de vue logistique, on se dirige vers un scénario où plusieurs armées devront certes combattre ensemble, mais où elles seront de moins en moins compatibles sur le plan technique.

Or, la guerre en Ukraine n’a nullement signé la fin du char de combat, contrairement à ce que beaucoup pensaient. Selon une étude de l’institut français IFRI, plus de 5000 chars ont été perdus des deux côtés depuis février 2022. Pourtant, l’analyste Léo Péria-Peigné conclut que les chars demeurent indispensables. « Les drones sont rarement la cause unique d’une perte », écrit-il. Bien souvent, les véhicules endommagés ne sont détruits par des drones qu’après avoir été touchés par des mines, de l’artillerie ou des armes antichars. Beaucoup pourraient même être réparés et remis en service.

L’industrie répond par des concepts toujours plus sophistiqués. Les chars modernes devront à l’avenir disposer de systèmes de protection active, de leur propre défense anti-drones et de capteurs performants. Mais cela fait grimper les coûts de développement, et creuse encore davantage les écarts techniques.

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La situation est particulièrement complexe pour les projets européens communs. Le MGCS ne devait être opérationnel qu’au milieu des années 2040, mais avec MARTE, un nouveau programme européen de char standard est déjà lancé. Parallèlement, Rheinmetall pousse le « Panther » sur le marché de l’export, espérant notamment des commandes d’Italie, de Hongrie, de Roumanie et d’Ukraine.

L’édition 2026 d’Eurosatory n’a donc rien montré d’une future flotte européenne de chars commune. Si cette évolution se poursuit, l’OTAN – ou ce qu’il en restera – pourrait disposer dans les années 2030 de six ou sept plateformes différentes, avec des pièces détachées incompatibles, des types de munitions variés et des systèmes logiciels non interopérables. Pour chaque armée, cela signifiera des coûts accrus, et pour la logistique, en cas de crise, un défi presque insurmontable. Aucune solution n’est en vue. (he)

Jared Kushner et la géopolitique: de quoi s’agit-il vraiment dans la «Révolution des flamants roses»?

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Jared Kushner et la géopolitique: de quoi s’agit-il vraiment dans la «Révolution des flamants roses»?

Tirana. Dans l’ombre d’autres grands conflits géopolitiques, les manifestations de masse qui se poursuivent depuis des semaines en Albanie ne reçoivent qu’une attention marginale dans les médias grand public. Pourtant, elles pourraient bien déboucher sur un nouveau conflit aux répercussions internationales – l’un des principaux acteurs étant Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump.

Les protestations ont débuté autour d’un projet touristique de plusieurs milliards de dollars, largement promu par Kushner. Des milliers de personnes manifestent contre celui-ci – mais désormais, les revendications dépassent ce projet précis dans la région de Zvërnec et visent également la corruption et le manque de transparence du gouvernement.

Sous des slogans tels que «L’Albanie n’est pas à vendre», «Rama, démission» ou «Zvërnec nous appartient», des rassemblements ont lieu chaque jour dans de nombreuses villes du pays, ainsi que dans les communautés albanaises en Grèce, en Allemagne et au Royaume-Uni. Le mouvement a pris un nouvel élan après la diffusion d’une vidéo montrant un manifestant agressé par un agent de sécurité sur le chantier. Depuis, la dite «Révolution des flamants roses» ne cesse de s’amplifier.

Le mouvement tire son nom des flamants roses de la lagune de Narta, l’une des zones humides les plus riches en biodiversité du bassin méditerranéen. Les défenseurs de l’environnement mettent en garde contre des dégâts irréversibles. Joni Vorpsi, de l’organisation PPNEA, parle de « massacre » de la nature et critique: «Nous sommes contre un tel investissement, car il est destructeur. Depuis plus d’un mois, des engins y opèrent sans autorisations environnementales, endommageant l’habitat naturel. Quelle valeur a une zone protégée si les autorités ne la protègent pas?». Il précise aussi que ni permis de construire, ni étude d’impact environnemental ne figurent sur les panneaux de chantier.

Outre le complexe touristique de 1,6 milliard de dollars près de Zvërnec, un autre projet d’envergure d’environ 1,4 milliard de dollars est prévu sur l’île de Sazan – mais celui-ci est quasiment absent dans les médias. Là aussi, Kushner est impliqué.

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Pendant la guerre froide, Sazan était l’une des îles les plus fortifiées de la Méditerranée. Plus de 3000 soldats y étaient stationnés. L’île comptait quelque 3600 bunkers en béton, plus de 16 kilomètres de tunnels souterrains, un centre de commandement sécurisé, de l’artillerie côtière moderne, des systèmes de missiles antiaériens, des radars ainsi qu’un port militaire pour patrouilleurs et vedettes lance-torpilles. La péninsule voisine de Zvërnec était également protégée par des fortifications côtières et des postes de tir.

Rien n’a changé à cette configuration stratégique hautement sensible. Sazan contrôle toujours l’accès à la baie en eaux profondes de Vlora, le principal port naturel d’Albanie pour les grands navires de guerre. La côte italienne, au niveau du détroit d’Otrante, n’est qu’à 75 kilomètres – soit une distance comparable au détroit d’Ormuz (39 km) ou au détroit de Bab el-Mandeb (32 km). Ce passage constitue le seul lien entre l’Adriatique et la Méditerranée, ce qui lui confère une importance majeure pour le commerce, l’approvisionnement énergétique et les liaisons maritimes militaires. On y trouve de nombreux ports pétroliers, gaziers (GNL, GPL), dont Trieste et Venise. Il existe aussi des projets de gazoduc reliant le champ gazier israélien Leviathan, via la Grèce, jusqu’à l’Italie, un tracé qui pourrait passer à proximité immédiate de la zone du projet.

Dans ce contexte, certains observateurs soupçonnent que le projet de construction ne sert qu’en apparence des intérêts touristiques, mais vise en réalité, à long terme, l’avantage stratégique d’un tel goulet d’étranglement maritime. Le gouvernement de Tirana rejette cependant toutes les accusations et maintient ses deux projets. (mü)

Source: Zu erst, juin 2026.

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Roberto Vannacci ad portas: la nouvelle force politique italienne s’appelle «Futuro Nazionale»

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Roberto Vannacci ad portas: la nouvelle force politique italienne s’appelle «Futuro Nazionale»

Rome. En Italie, le spectre politique de droite est en mouvement. Le nouveau parti « Futuro Nazionale » de l’ancien général Roberto Vannacci progresse nettement dans les sondages actuels et concurrence de plus en plus la Lega de Matteo Salvini.

Vannacci n’a fondé son parti qu’en février de cette année. Cet officier de 57 ans a participé à des missions à l’étranger en Libye, en Somalie, en Afghanistan et en Irak. Encore en 2024, il était entré au Parlement européen sur la liste de la Lega de Matteo Salvini. Désormais, il suit cependant sa propre voie avec « Futuro Nazionale » — ce qui accentue la pression concurrentielle dans le camp de droite.

Selon l’institut de sondage Ipsos, « Futuro Nazionale » est actuellement crédité de 4,8%, tandis qu’une enquête YouTrend pour Sky TG24, réalisée les 16 et 17 juin 2026, lui attribue même 5,9%. Pour la première fois, le parti dépasserait ainsi la Lega, qui n’obtient que 5,8% dans la même enquête.

La force politique incontestée reste toutefois la Première ministre Giorgia Meloni. Son parti Fratelli d’Italia arrive largement en tête avec 27,8 %, suivi par le Parti démocrate social-démocrate à 22,2 % et le Mouvement 5 étoiles, qui recueille actuellement 12,1 %.

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Sur le fond, Vannacci se démarque aussi bien de la gauche que des actuels partis du centre-droit. L’une des priorités de son programme est la demande de remigration. Parallèlement, il prône un renouveau politique à droite du centre. Selon la direction du parti, « Futuro Nazionale » compte déjà plus de 100.000 membres.

La nouvelle force gagne aussi en poids au niveau des élus. Cinq députés de la Lega et de Forza Italia ont déjà rallié Vannacci. Le parti obtient ainsi une présence parlementaire supplémentaire et peut exercer une pression sur la concurrence de droite.

Sur la scène politique romaine, ce nouvel acteur est déjà bien présent. Dans les coulisses, il se murmure déjà que Meloni pourrait, à l’avenir, élargir sa coalition gouvernementale actuelle — composée de Fratelli d’Italia, de la Lega et de Forza Italia — à « Futuro Nazionale ». (mü)

Source: Zu erst, juin 2026.

mercredi, 24 juin 2026

Georg Mayer (FPÖ): «La politique énergétique de l’UE conduit l’Europe à une crise d’approvisionnement»

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Georg Mayer (FPÖ): «La politique énergétique de l’UE conduit l’Europe à une crise d’approvisionnement»

Baisse des niveaux de stockage, prix élevés en été et concurrence croissante venant d’Asie : l’Europe est à nouveau menacée par une situation tendue sur le marché du gaz.

Par Georg Mayer

Source: https://www.fpoe.eu/mayer-eu-energiepolitik-fuehrt-europa...

Les récentes mises en garde des experts de l’énergie et des représentants du secteur confirment, selon l’eurodéputé de la FPÖ et membre de longue date de la commission de l’énergie, Georg Mayer, l’échec définitif de la politique énergétique européenne. Selon des rapports récents, l’Europe est à nouveau menacée d’une situation d’approvisionnement tendue sur le marché du gaz, en raison de la baisse des niveaux de stockage, de prix élevés en été et d’une concurrence croissante en provenance d’Asie.

« La réalité rattrape la Commission européenne. Alors qu’auparavant l’Europe disposait d’une énergie sûre et bon marché, l’Union européenne doit désormais rivaliser sur le marché mondial avec les pays asiatiques pour obtenir des livraisons coûteuses de GNL. Le résultat: des prix plus élevés, une plus grande incertitude et une dépendance croissante aux foyers de crise mondiaux », explique Mayer.

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Ce qui est particulièrement alarmant, c’est que les réserves européennes de gaz sont actuellement inférieures à la moyenne des années précédentes, ce qui oblige l’Europe à importer beaucoup plus de gaz naturel liquéfié que l’an passé, rien que pour atteindre les objectifs de remplissage fixés.

« Avant les sanctions contre la Russie et l’auto-mutilation énergétique imposée par Bruxelles, la sécurité d’approvisionnement de l’Europe n’était pas menacée. Aujourd’hui, les Européens paient des prix de l’énergie plusieurs fois supérieurs à ceux d’autrefois et craignent malgré tout une rupture d’approvisionnement durant l’hiver. C’est la conséquence directe d’une politique idéologique qui a remplacé la raison économique par du symbolisme politique. »

Mayer juge particulièrement critique la situation décrite dans le rapport, selon laquelle des pays asiatiques comme la Chine, la Corée du Sud ou le Vietnam disposent, grâce à leurs instruments de contrôle étatique, d’avantages lors de l’achat de gaz sur les marchés mondiaux, tandis que l’UE a à peine d’influence sur ses propres approvisionnements.

« Même les fonctionnaires de l’UE sous Von der Leyen reconnaissent désormais qu’en temps de crise, chacun agit pour soi. La plateforme commune d’achat créée par la Commission n’a pas répondu aux attentes et les grands acteurs du marché l’ont largement ignorée. Cela montre une fois de plus que Bruxelles s’accapare toujours plus de compétences, mais n’est pas capable de tenir ses promesses. »

La situation actuelle est d’autant plus contradictoire au vu de l’infrastructure énergétique européenne existante. « L’Europe disposait de nombreux gazoducs et avait pendant des décennies accès à une énergie fiable et abordable. Au lieu de miser sur cet avantage, l’UE oblige ses citoyens et ses entreprises à une compétition mondiale pour l’achat de GNL. Alors que pratiquement tous les pays en développement misent sur une énergie sûre et bon marché pour permettre la croissance, la prospérité et l’industrialisation, l’UE fait le choix inverse et affaiblit délibérément sa propre compétitivité. »

Pour Georg Mayer, il est évident que l’Europe doit revenir à une politique énergétique pragmatique. « La Commission a sacrifié la sécurité énergétique de l’Europe pour poursuivre coûte que coûte sa politique de sanctions et de climat. Les victimes en sont les citoyens européens, les travailleurs et les entreprises. Il est temps d’évaluer notre situation à nouveau de façon objective. Cela implique également, bien entendu, la reprise des importations d’énergie russe, car cela garantit la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité et des prix abordables pour l’Europe».

«L’Europe n’a pas besoin de chimères énergétiques, mais d’un approvisionnement sûr à des prix raisonnables. C’est le seul moyen de préserver notre prospérité, notre industrie et nos emplois», conclut Mayer.

Qui est Georg Mayer?

Membre de la Commission des pétitions (PETI) - Membre suppléant de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE)

jeudi, 18 juin 2026

Après l’Ukraine: Bruxelles mène-t-elle l’Arménie à sa perte ?

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Après l’Ukraine: Bruxelles mène-t-elle l’Arménie à sa perte?

Elena Fritz

Source: https://www.compact-online.de/nach-ukraine-treibt-bruesse...

La victoire électorale de Nikol Pachinian en Arménie est considérée par les médias occidentaux comme la confirmation d’un changement historique de cap: s’éloigner de Moscou, se rapprocher de l’UE, se tourner vers l’Occident. Mais ces réjouissances occultent la question essentielle: qui protège l’Arménie si les promesses européennes se brisent sur la réalité du Caucase?

Proximité, mais pas de sécurité

L’Arménie n’est pas un projet de réforme abstrait, conçu sur une table stratégique bruxelloise. Elle ne se situe pas entre la Belgique et le Luxembourg, mais entre la Turquie et l’Azerbaïdjan – au cœur de l’une des régions les plus sensibles de l’Eurasie. Le pays dispose de ressources limitées, d’une profondeur stratégique réduite et de lignes de conflit non résolues avec ses voisins. Quiconque veut soustraire l’Arménie à l’architecture de sécurité existante doit expliquer quelle nouvelle garantie pour sa protection viendra la remplacer.

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L’UE peut accueillir Pachinian, le féliciter, envoyer des missions d’observation et allouer quelques millions d’euros d’aides. Elle peut rédiger des résolutions, organiser des séances de photos et hisser des drapeaux européens. Mais, en cas d’urgence, elle ne pourra pas protéger l’Arménie.

C’est là que réside le véritable danger. Bruxelles offre la proximité, mais pas la sécurité. De la symbolique, mais pas de bouclier. Des gestes politiques, mais pas de garantie stratégique. Et dans le Caucase du Sud, la situation peut devenir grave à tout moment: à cause de l’Azerbaïdjan, des ambitions turques, de la question du soi-disant corridor de Syunik et d’un nouvel ordre régional qui ne se dessine pas à Bruxelles, mais à Bakou et à Ankara.

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Le risque pour l’Arménie

Le corridor de Syunik (ou du Zangezour) illustre parfaitement les véritables enjeux. En Europe, il est souvent perçu comme une simple voie de communication ou un projet économique d’avenir. Pour la Turquie et l’Azerbaïdjan, il représente bien plus: un levier géopolitique. S’il est mis en œuvre selon les conditions de Bakou et d’Ankara, l’Arménie ne deviendra pas bénéficiaire d’une nouvelle architecture commerciale, mais se réduira à un simple pays de transit – économiquement dépendant, politiquement vulnérable et sous pression territoriale.

C’est la dure réalité de la géographie. Sur le plan économique aussi, le rêve européen est dangereusement naïf. Beaucoup d’Arméniens espèrent que le rapprochement avec l’Europe ouvrira de nouveaux marchés, favorisera les investissements et apportera la prospérité. Mais l’expérience de l’Ukraine montre que, souvent, entre les promesses occidentales et le développement économique, il n’y a pas l’essor, mais la dépendance. Parfois même la guerre.

L’UE n’intègre pas par charité. Elle retient ceux qui servent ses propres intérêts. Une petite économie comme celle de l’Arménie n’a pas le poids de l’Ukraine, de la Pologne ou de la Turquie pour Bruxelles. Elle peut être utile politiquement – comme symbole contre la Russie. Mais cette valeur symbolique ne remplace ni une base industrielle, ni une politique énergétique, ni une garantie de sécurité, ni un bouclier stratégique.

Le véritable risque pour l’Arménie ne réside donc pas uniquement à Moscou, Bakou ou Ankara. Il réside dans le décalage entre espoirs et réalité. Pachinian vend à son pays l’idée que l’Europe apportera à la fois investissements, protection, soutien politique et perspectives économiques. Mais l’expérience prouve que l’UE est généreuse en paroles – et parcimonieuse dès que cela devient réellement coûteux.

Qui paiera ?

Au final, une question simple se pose: qui paiera pour la sécurité de l’Arménie? Ni les journalistes européens qui célèbrent aujourd’hui un «changement historique de cap». Ni les bureaucrates bruxellois qui applaudissent Pachinian. Ni les stratèges occidentaux qui voient l’Arménie comme une pièce de plus dans le jeu anti-russe.

C’est l’Arménie qui paiera. Par l’endettement. Par la perte de prospérité. Par l’émigration. Par une dépendance accrue. Peut-être par de nouvelles concessions territoriales. Et, dans le pire des cas, par la vie de ses citoyens. Tel est l’enseignement de l’Ukraine, et il semble que l’Arménie soit en train de le rejouer à ses propres dépens.

L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents

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L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents

Jeanne Delahaye

Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7

Depuis des années, l’Union européenne explique à ses citoyens que tout candidat à l’adhésion doit remplir des conditions strictes. L’État de droit, la lutte contre la corruption, des institutions démocratiques stables, la protection des minorités, la viabilité économique et l’adoption complète du droit européen sont officiellement considérés comme des critères indispensables.

Mais lorsqu’on regarde du côté de l’Ukraine, une question gênante se pose :

Ces critères s’appliquent-ils encore aujourd’hui ?

L’Ukraine est en guerre. Des parties de son territoire reconnu internationalement ne sont pas sous son contrôle. Le pays dépend de façon exceptionnelle de l’aide financière étrangère. Les organisations internationales soulignent depuis des années de graves problèmes de corruption. L’UE elle-même réclame sans cesse des réformes dans le domaine de la justice, de l’administration et de l’État de droit.

Pourtant, à Bruxelles, on parle déjà comme si l’adhésion n’était plus qu’une question de volonté politique.

C’est précisément là que le problème commence.

Quiconque prend au sérieux les critères officiels d’adhésion doit constater que l’Ukraine est encore loin de ce que les candidats précédents ont dû accomplir. Aucun autre pays n’aurait été mené sur la voie de l’adhésion à l’UE avec la même détermination politique dans des conditions comparables.

À cela s’ajoute un autre aspect dont on parle étonnamment peu.

Alors qu’en Europe de l’Ouest toute forme de nationalisme est surveillée de près, des évolutions comparables en Ukraine sont souvent évaluées de façon beaucoup plus indulgente. La vénération de personnalités nationalistes controversées, les tensions autour des droits linguistiques et des minorités ainsi que les conflits de longue date entre différents groupes de population sont souvent passés sous silence ou minimisés dans le débat européen.

Pourtant, la protection des minorités devrait justement faire partie des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

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Ceux qui pointent ces contradictions sont vite classés politiquement. Mais la véritable question demeure sans réponse :

Pourquoi faudrait-il appliquer à l’Ukraine des critères différents de tous les autres candidats à l’adhésion ?

Les conséquences économiques sont elles aussi à peine débattues ouvertement. L’Ukraine dispose d’immenses terres agricoles, d’un besoin d’investissement colossal et aura besoin d’une reconstruction massive après la guerre. Une adhésion aurait des conséquences profondes sur les subventions agricoles, le budget de l’UE, les fonds structurels et les marchés du travail. Beaucoup de citoyens européens devront finalement en assumer les conséquences financières.

Néanmoins, le débat est souvent mené sur le plan moral plutôt que factuel.

Celui qui exprime des doutes est vite considéré comme manquant de solidarité. Celui qui pose des questions est soupçonné de soutenir le mauvais camp. Or, la démocratie vit précisément du fait qu’on puisse poser les questions qui dérangent.

La solidarité ne doit pas signifier fermer les yeux sur les problèmes.

La vraie question n’est donc pas de savoir si l’Ukraine mérite du soutien.

La véritable question est :

L’Ukraine remplit-elle réellement les conditions d’une adhésion à l’UE – ou bien s’engage-t-on ici, pour des raisons géopolitiques, sur une voie particulière qui n’aurait été acceptée pour aucun autre candidat ?

Tant que cette question n’aura pas reçu de réponse honnête, l’impression restera que l’UE adapte ses propres règles dès que les intérêts politiques prennent le dessus sur les critères qu’elle a elle-même définis.

Des règles identiques pour tous – ou pas de règles du tout.

* * * 

Le site de Mme J. Delahaye: www.sichtwechsel.lu

 

mercredi, 17 juin 2026

Allemagne: le Verfassungsschutz, symptôme d'une contradiction irréconciliable

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Allemagne: le Verfassungsschutz, symptôme d'une contradiction irréconciliable

par Ralf Van den Haute

Lors de la création de la République fédérale d'Allemagne en 1949, on a délibérément opté non pas pour une Verfassung, mais pour une Grundgesetz. En français, lorsqu'on parle de la « Constitution » allemande, une distinction importante est souvent perdue de vue. En effet, la République fédérale ne dispose pas d'une Verfassung (Constitution), mais d'une Grundgesetz (loi fondamentale). Ce choix terminologique était délibéré en 1949. Les auteurs du nouvel ordre étatique ouest-allemand voulaient éviter de donner l’impression que la division de l’Allemagne était définitive. La Grundgesetz était conçue comme un régime provisoire, valable jusqu’à ce que le peuple allemand se dote librement de sa propre constitution.

Cette distinction n’est pas purement sémantique. Dans la tradition constitutionnelle européenne, une constitution n’est pas simplement un ensemble de règles juridiques fondamentales. Elle est l’expression du pouvoir constituant d’un peuple qui se dote d’un ordre politique. Une Verfassung suppose un moment constituant au cours duquel une communauté politique s’organise et légitime ses institutions. La Grundgesetz, en revanche, a vu le jour sous la tutelle des Alliés, dans une Allemagne divisée et partiellement occupée. À l’origine, elle n’était pas destinée à être l’expression constitutionnelle définitive de la nation allemande.

61cLMAQINeS.jpgPas de moment constitutionnel

La réunification allemande de 1990 offrait théoriquement la possibilité d’adopter une véritable Verfassung. L’article 146 de la Grundgesetz prévoyait en effet que cette loi fondamentale perdrait sa validité dès que le peuple allemand se serait doté d’une constitution par une décision libre. Cette possibilité n’a toutefois pas été saisie. Au lieu de cela, le modèle étatique ouest-allemand existant a été étendu à l’ancienne RDA. L’Allemagne a certes été réunifiée, mais le moment constituant où le peuple allemand unifié se serait doté d’un nouvel ordre étatique n’a pas eu lieu.

Cette particularité historique jette un éclairage intéressant sur le développement ultérieur de la République fédérale. À mesure que la légitimité de l’ordre politique repose moins sur un acte constituant explicite du peuple, l’importance des institutions qui veillent sur cet ordre et l’interprètent s’accroît. La Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht) et l’Office fédéral pour la protection de la Constitution (Verfassungsschutz) en sont les exemples les plus visibles. Non seulement ils protègent l’ordre juridique existant, mais ils déterminent aussi dans une large mesure quelles opinions politiques sont jugées compatibles avec ce qu’on appelle le « freiheitliche demokratische Grundordnung » (l’ordre constitutionnel libéral et démocratique). C'est là que naît la tension fondamentale de l'État allemand d'après-guerre: entre la démocratie en tant qu'expression de la volonté populaire et la démocratie en tant que protection d'un ordre étatique prédéfini et imposé par les Alliés.

Wegbegleiter-R-S_Schmid_Carlo_5300-372x500.jpgLe professeur de sciences politiques et homme politique du SPD, le Dr Carlo Schmid (photo), a déclaré en 1948 dans sa conférence intitulée « Was heißt eigentlich Grundgesetz? » ([1] ) : « La Constitution est la décision commune d’un peuple libre sur la forme et le contenu de son existence politique. Une telle Constitution contient les normes fondamentales de l’État. Elle détermine, sans pouvoir être renvoyée à une instance supérieure, les limites de la souveraineté sur son territoire et fixe tant les droits de l’individu que les limites de l’autorité de l’État. Rien n’est au-dessus de la Constitution, personne ne peut la suspendre, personne ne peut l’ignorer. Une constitution n’est rien d’autre que la réalisation juridique de la liberté d’un peuple. C’est là que réside son pathos, et c’est pour cela que des peuples sont montés aux barricades. »

Schmid en conclut que la République fédérale fondée en 1949 ne pouvait être considérée comme un État au sens démocratique plein et entier du terme. Selon lui, elle s’organisait tout au plus comme un système de type étatique (vielleicht staatsähnlich), mais pas comme l’expression politique d’un peuple allemand constituant. Il va même jusqu’à affirmer que, tant que le caractère provisoire de cet ordre persiste, celui-ci reste essentiellement la forme organisationnelle d’une réalité politique délimitée par des puissances extérieures.

La question fondamentale qui en découle est de savoir si un État est purement une structure de domination – étrangère si nécessaire – ou bien une réalité populaire vivante : une démocratie qui ne reçoit pas sa forme de l’extérieur, mais se constitue d’elle-même par sa propre volonté. Pour Schmid, la réponse était claire. À l’ère démocratique, un État n’est légitime que s’il est le résultat d’un acte constitutif libre (konstitutiver Gesamtakt) d’un peuple souverain.

Il est remarquable que Wolfgang Schäuble, l’un des hommes politiques les plus influents de la CDU dans l’Allemagne d’après-guerre et alors ministre des Finances, ait déclaré lors du Congrès bancaire européen de 2011 que «depuis le 8 mai 1945, nous n’avons à aucun moment été pleinement souverains en Allemagne». Il faisait sans doute référence à la position constitutionnelle particulière de la République fédérale et au débat qui, depuis sa création, porte sur sa légitimité constitutionnelle. Schmid voyait dans un ordre étatique imposé de l’extérieur le danger d’un système politique qui perdrait progressivement son fondement démocratique et constitutif pour se transformer en un système principalement géré sur le plan administratif et juridique. Lorsque l'État n'est plus l'expression d'une volonté populaire constituante, il risque d'être réduit à un appareil qui tire sa légitimité de ses propres procédures et institutions.

Protection de la Constitution ou de la loi fondamentale ?

Dans cette perspective, la dénomination « Verfassungsschutz » revêt également un caractère paradoxal. Si l'on pousse le raisonnement de Carlo Schmid jusqu'au bout, la République fédérale ne dispose pas, à proprement parler, d'une Verfassung légitimée par un acte populaire constituant, mais d'une Grundgesetz qui était à l'origine conçue comme un ordre étatique provisoire. La question se pose alors de savoir ce qui est précisément protégé par une institution qui se présente comme « protectrice de la Constitution ». Pour Krebs, penseur de la nouvelle droite et fondateur du Thule Seminar, cela recèle une contradiction fondamentale. Tant que l’État allemand ne repose pas sur une Verfassung librement choisie par le peuple allemand, le Verfassungsschutz ne protège pas tant une Verfassung que l’ordre institutionnel et normatif existant du Grundgesetz. Krebs affirme donc que ce service devrait en réalité s’appeler « Grundgesetzversicherung »[2] plutôt que « Verfassungsschutz ».

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La question de droit constitutionnel que nous devons nous poser ici est la suivante: le Verfassungsschutz protège-t-il une constitution qui tire sa légitimité d’une volonté populaire constituante, ou protège-t-il un ordre institutionnel issu de l’histoire qui tire sa légitimité principalement de sa propre continuité juridique? En d’autres termes: le service veille-t-il à l’autodétermination démocratique du peuple allemand, ou veille-t-il aux limites dans lesquelles cette autodétermination peut s’exercer? C’est précisément cette question qui fait du Verfassungsschutz plus qu’un simple service de sécurité ou de renseignement et le place au cœur du débat allemand sur la légitimité.

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Sur le plan institutionnel, le Verfassungsschutz se compose d’un office fédéral (Bundesamt für Verfassungsschutz) et de seize services régionaux (Landesämter für Verfassungsschutz). Formellement, il s'agit de services de renseignement intérieurs chargés de collecter et d'analyser des informations sur des personnes, des organisations et des mouvements considérés comme une menace pour l'ordre constitutionnel libéral et démocratique. À cette fin, ils disposent d'un vaste arsenal de moyens, notamment la surveillance, les informateurs, l'infiltration et d'autres méthodes d'enquête secrètes. La décision finale quant à savoir si une organisation est effectivement anticonstitutionnelle n'appartient toutefois pas au Verfassungsschutz, mais au pouvoir judiciaire et en particulier à la Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht). C'est précisément cette interaction entre les services de sécurité et le pouvoir judiciaire qui soulève la question de savoir dans quelle mesure la frontière entre la protection juridique objective et l'interprétation politique de l'ordre constitutionnel peut réellement être maintenue.

Observation vs participation

La problématique se complexifie encore davantage lorsque l'on examine de près le mode de fonctionnement opérationnel du Verfassungsschutz. En effet, le service ne se limite pas à une observation passive de personnalités et de mouvements politiques, mais recourt largement à des informateurs (V-Leute), à des agents infiltrés et à d'autres méthodes secrètes de collecte d'informations. Il en résulte un paradoxe fondamental. À mesure que l’État s’infiltre plus profondément dans une organisation considérée comme potentiellement dangereuse pour l’État, la frontière entre observation et participation s’estompe. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure un mouvement agit encore de manière totalement autonome lorsque ses structures, son processus décisionnel ou ses activités sont partiellement influencés par des personnes qui travaillent en réalité pour les services de sécurité. Cette problématique a été mise en évidence de manière flagrante lors des procédures engagées contre le NPD, où il est apparu qu’un nombre considérable de figures dirigeantes entretenaient des contacts avec le Verfassungsschutz ou agissaient en tant qu’informateurs pour ce service. Cela a soulevé la question délicate de savoir si l’État était encore un simple observateur ou s’il était, dans une certaine mesure, présent au sein de l’organisation qu’il considérait comme une menace pour l’ordre constitutionnel: la Cour constitutionnelle fédérale a estimé que la présence d’agents infiltrés au sein de la direction du parti rendait impossible de déterminer avec certitude quelles déclarations et activités émanaient du parti lui-même et lesquelles avaient pu être influencées par les infiltrés [3] . La question touche à un problème fondamental de l'État de droit: un État peut-il se prononcer de manière convaincante sur la dangerosité d'une organisation alors qu'il fait lui-même partie, directement ou indirectement, de son fonctionnement?

En d’autres termes: lorsque l’État est présent au sein des organisations qu’il observe, qui veille alors à la ligne de démarcation entre la protection de l’ordre démocratique et la participation à la construction de la réalité politique qu’il prétend seulement observer?

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Le paradoxe de la tolérance

La légitimité de telles institutions est souvent recherchée dans ce que Karl Popper appelait le paradoxe de la tolérance. Une société qui fait preuve d’une tolérance illimitée envers des forces qui cherchent à détruire son propre caractère tolérant court le risque de finir par périr elle-même [4]. Il en découle, selon Popper, qu’une démocratie a le droit de se défendre contre ses ennemis. Mais qui détermine quelles personnes, organisations ou idées doivent être considérées comme des ennemis de l'ordre démocratique? Cela nous amène à une question déjà posée par Juvénal: quis custodiet ipsos custodes [5]?

9782081228733_internet_h1400.jpgLa question de savoir qui doit être considéré comme un ennemi de l’ordre démocratique nous amène à Carl Schmitt. Dans Der Begriff des Politischen (1932), Schmitt soutient que toute communauté politique est finalement confrontée à la décision de déterminer qui est un ami et qui est un ennemi. Dans une démocratie activiste, cette question revêt une signification particulière . La question centrale n’est plus de savoir si l’ordre démocratique a le droit de se défendre, mais qui détient le pouvoir de déterminer quelles personnes, organisations ou idées sont considérées comme une menace pour cet ordre.

Selon la conception de la souveraineté de Schmitt, la souveraineté se déplace alors vers l'instance qui prend cette décision. «Est souverain celui qui décide de l'état d'exception». La question n'est donc plus seulement de savoir qui est l'ennemi, mais aussi qui détient l'autorité de définir quelqu'un comme ennemi.

51oDVOsfg5L._AC_UF894,1000_QL80_.jpgParadoxe fondamental

Le Verfassungsschutz se présente comme le protecteur de l’ordre constitutionnel de la République fédérale. C’est précisément là que réside le paradoxe fondamental. Si l’on prend au sérieux le raisonnement de Carlo Schmid, l’Allemagne ne dispose pas à ce jour d’une Verfassung au sens classique du terme: une constitution issue d’un acte constituant libre d’un peuple souverain. Ce qui est protégé, ce n’est donc pas tant une constitution en tant qu’expression de la volonté populaire, mais un ordre institutionnel et normatif issu de l’histoire, dont la légitimité repose principalement sur sa propre continuité juridique.

Le Verfassungsschutz n’est donc pas tant la solution à un problème constitutionnel que l’expression institutionnelle du champ de tension entre la souveraineté populaire et la démocratie des valeurs.

Le Verfassungsschutz apparaît ainsi comme le symptôme d’une contradiction plus profonde et irréconciliable au sein de l’ordre étatique allemand d’après-guerre. D'une part, la République fédérale invoque la légitimité démocratique et la souveraineté populaire ; d'autre part, elle s'appuie de plus en plus, pour sa survie, sur des institutions qui déterminent quelles opinions politiques, quels partis et quels mouvements relèvent encore de l'ordre constitutionnel. Le Verfassungsschutz tire sa raison d’être de la protection d’une Verfassung qui n’a jamais existé. Il ne veille pas sur la volonté constituante d’un peuple souverain, mais sur les limites d’un ordre normatif qui précède ce peuple et dont la signification est déterminée par des institutions qui se soustraient en grande partie au processus décisionnel démocratique.Tant que la question de l’origine constitutionnelle de cet ordre et celle du contrôle démocratique de ses gardiens resteront sans réponse, la question de la légitimité du Verfassungsschutz lui-même est également légitime.

Pas seulement en République fédérale

La question de la légitimité du Verfassungsschutz ne se limite pas à la République fédérale, mais peut s’étendre sans difficulté à l’évolution au sein des démocraties libérales occidentales. Dans presque tous les États d'Europe occidentale, on observe un glissement progressif de la prise de décision politique fondée sur la souveraineté populaire vers une prise de décision de plus en plus filtrée par des institutions administratives, judiciaires et supranationales. Il n'est pas rare que les institutions nationales des droits de l'homme agissent à la fois en tant que conseillères, plaignantes et parties au procès dans des litiges sociaux. Les tribunaux européens et nationaux sont de plus en plus souvent confrontés à des questions qui relevaient autrefois du domaine exclusif de la prise de décision politique. Le débat permanent sur la relation entre le droit national et le droit européen touche également à cette même question fondamentale: où se situe en fin de compte le centre de la souveraineté politique et qui a le dernier mot lorsque des choix démocratiques se heurtent à des cadres normatifs supérieurs?

À mesure que la légitimité de l'ordre politique se fonde moins sur la volonté immédiate du peuple et davantage sur la protection de valeurs abstraites, de droits fondamentaux et de principes constitutionnels, le pouvoir des institutions chargées d'interpréter, de veiller au respect et de faire respecter ces valeurs s'accroît également. L'État moderne risque d'évoluer d'une communauté politique (politisches Gemeinwesen) vers un système normatif géré sur le plan juridico-administratif. La nouvelle droite française a défini cela comme un totalitarisme doux.

Ce qui se manifeste en Allemagne à travers le Verfassungsschutz se manifeste ailleurs par le biais des cours constitutionnelles, des instances de défense des droits de l’homme et des ordres juridiques supranationaux. Partout, la même question se pose: la légitimité ultime de la communauté politique réside-t-elle encore dans le peuple, ou dans les institutions qui déterminent comment la volonté de ce peuple doit être interprétée?

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Le politologue américain Sheldon S. Wolin (photo) qualifie cette évolution d’«inversion du totalitarisme» [6], une forme de gouvernement dans laquelle les institutions démocratiques continuent d’exister formellement, mais où le pouvoir effectif se déplace progressivement vers un réseau d’élites administratives, économiques et juridiques. Václav Havel [7] parle d’un système dans lequel la conformité est imposée moins par la contrainte ouverte que par la pression sociale, professionnelle et institutionnelle.

Notes: 

[1] Carlo Schmid, Was heißt eigentlich Grundgesetz?, rede gehouden in de Parlementarischer Rat, Bonn, 1948.

[2] Dr. Pierre Krebs, Fangt die Rebellen und macht sie Mundtot! Zunächst… , Ahenrad der Moderne, Kassel, 2018.

[3] BVerfG, décision du 18 mars 2003, 2 BvB 1/01, 2 BvB 2/01 et 2 BvB 3/01 (procédure d’interdiction du NPD).

[4] Popper, Karl R., The Open Society and Its Enemies, Vol. I-II, London: Routledge, 1945.

[5] Decimus Junius Juvenalis, Satirae (Satires), livre VI, vers 347–348.

[6] Sheldon S. Wolin, Democracy Incorporated : Managed Democracy and the Specter of Inverted Totalitarianism, Princeton, NJ : Princeton University Press, 2008.

[7] Václav Havel, The Power of the Powerless, dans John Keane (éd.), The Power of the Powerless: Citizens Against the State in Central-Eastern Europe (Armonk, NY : M.E. Sharpe, 1985).

mardi, 16 juin 2026

Poutine prêt à livrer du gaz immédiatement: le voyage de l’AfD en Russie prouve l’échec délibéré du gouvernement allemand!

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Poutine prêt à livrer du gaz immédiatement: le voyage de l’AfD en Russie prouve l’échec délibéré du gouvernement allemand!

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199902

Le succès diplomatique du voyage de l’AfD en Russie représente pour Merz la deuxième humiliation consécutive. Désespéré, il s’est emporté lors d’une session spéciale au Bundestag qu’il avait lui-même demandée. La raison: Poutine a déclaré que les livraisons de gaz pour l’économie allemande en difficulté ne demandaient qu'à être reprises par une simple pression sur un bouton.

Honte supplémentaire: la Russie a publiquement exigé des éclaircissements sur les dérives antidémocratiques en Allemagne, face aux discussions sur une éventuelle interdiction de l’AfD.

«La politique étrangère est une politique d’intérêts, pas une compétition de vertu», a rétorqué le porte-parole de l'AfD aux affaires étrangères Markus Frohnmaier face à l’hystérie de la CDU, du SPD et des Verts au Bundestag.

Avec une délégation de l’AfD, il a participé la semaine dernière au plus important forum économique des pays BRICS avec une équipe solide: l’eurodéputé Petr Bystron, le porte-parole pour l’énergie Steffen Kotré et le leader de l’AfD en Saxe, Jörg Urban.

Crise économique ? Un non-sujet pour la coalition…

Alors que l’industrie allemande continue de reculer, les débats du gouvernement sont dominés par la question ukrainienne. Le député CDU Jens Spahn a qualifié les représentants de l’AfD de «traîtres à la patrie». Alice Weidel a répliqué: la rhétorique de guerre sert à détourner l’attention de leur propre échec économique, qui a conduit l’Allemagne à la désindustrialisation.

La politique étrangère de Merz est un boulet sur le plan international. L’Allemagne a échoué dans sa candidature à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, le gouvernement fédéral a laissé tomber l’économie allemande lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) – le sommet le plus important pour les matières premières dans le monde des BRICS – sans lui apporter de soutien. Rien que cela représente deux défaites diplomatiques en une seule semaine.

Ce que le voyage de l’AfD a révélé

Sans la délégation de l’AfD, des faits économiques majeurs seraient restés absents du débat public. Ainsi, Matthias Schepp, de la Chambre de commerce extérieure germano-russe, a confirmé: environ 1600 entreprises allemandes sont encore actives en Russie, avec un chiffre d’affaires global de 20 milliards d’euros. Avant les sanctions, l’Allemagne était le principal partenaire commercial européen de la Russie.

Ce vide est aujourd’hui principalement comblé par la Chine: rien que durant le premier trimestre de cette année, 1400 nouvelles entreprises chinoises ont été enregistrées en Russie. Selon le directeur du DIW, le préjudice économique subi par l’Allemagne à cause des sanctions pourrait s’élever à 200 milliards d’euros.

Les États-Unis rappellent à l’Europe l’histoire culturelle de la Russie

Tandis que les États membres de l’UE boycottaient le forum, Washington a envoyé Rodney Mims Cook, président de la commission culturelle américaine. Il a évoqué les liens culturels séculaires avec la Russie – de l’architecture de Saint-Pétersbourg au ballet.

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Le député européen de l’AfD, Petr Bystron (photo), a commenté sèchement: c’est une honte pour l’Europe qu’après 2000 ans d’histoire commune, il faille une intervention des États-Unis pour rappeler l’importance culturelle de la Russie.

Poutine : le gaz pourrait être livré dès demain !

La révélation la plus explosive du voyage: Poutine a publiquement déclaré que la Russie était prête à «livrer du gaz à l’Allemagne dès demain».

Ainsi, selon leurs propres dires, les représentants de l’AfD réfutent la thèse selon laquelle le gaz russe ne serait tout simplement plus disponible – et renouvellent leur exigence: une clarification sur la destruction des gazoducs Nord Stream.

 

Qui contrôle les semences contrôle l’alimentation: l’UE ouvre la voie à une nouvelle expansion des grands groupes

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Qui contrôle les semences contrôle l’alimentation: l’UE ouvre la voie à une nouvelle expansion des grands groupes

Plus de diversité? Non – Bruxelles réforme le marché des semences au profit des grands acteurs

Source: https://uncutnews.ch/wer-das-saatgut-kontrolliert-kontrol...

L’UE présente sa nouvelle réforme des semences comme une victoire pour la biodiversité, l’innovation et les variétés locales. Dans le communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne, il est question d’«agro-biodiversité», de «variétés de conservation» et de «plus de flexibilité». Mais derrière ce langage séduisant se cache une tout autre réalité:

Celui qui contrôle le marché européen des semences aura désormais la tâche encore plus facile. Les petits acteurs, eux, resteront en marge.

Le nouveau règlement sur les «matériels de reproduction des plantes» – c’est-à-dire les semences, boutures, plants et autres matériaux de multiplication – remplace un patchwork de dix directives par un cadre réglementaire unique pour toute l’UE. Officiellement, il s’agit de modernisation et de simplification. En réalité, cependant, le principe de base reste inchangé:

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Les semences devront toujours être enregistrées et certifiées avant de pouvoir être mises sur le marché. (consilium.europa.eu)

C’est précisément là que réside le cœur du problème.

Car si les grands groupes semenciers disposent de leurs propres services juridiques, d’experts en homologation et de budgets de plusieurs millions, l’enregistrement, les contrôles et les obligations de documentation représentent souvent un obstacle presque insurmontable pour les petits sélectionneurs.

Les gagnants sont déjà connus:

Bayer (Allemagne)

Corteva (États-Unis)

Syngenta (Suisse/Chine)

BASF (Allemagne)

Ces groupes contrôlent déjà aujourd’hui une part considérable du marché mondial des semences commerciales. Pour eux, un marché intérieur européen harmonisé signifie avant tout: une expansion facilitée au-delà des frontières nationales.

Bruxelles parle certes de «règles facilitées» pour les variétés de conservation et les plantes adaptées localement. Mais des organisations paysannes, des réseaux de semences et des associations de sélectionneurs mettent en garde depuis longtemps: la réforme risque de restreindre encore davantage les droits des petits producteurs. Déjà lors des phases de négociation précédentes, des organisations comme IFOAM, ARCHE NOAH et Via Campesina ont critiqué le fait que l’échange de semences entre agriculteurs serait limité et que la diversité serait corsetée par des réglementations. (IFOAM Organics Europe)

Le langage employé dans le communiqué de presse est particulièrement frappant. On retrouve sans cesse les expressions:

- documentation numérique,

- techniques biomoléculaires,

- traçabilité,

- contrôles harmonisés,

- cadres officiels de surveillance.

Cela sonne comme de l’efficacité. Mais cela signifie aussi :

Plus de contrôle centralisé sur quelles semences peuvent être vendues, par qui et sous quelles conditions.

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L’UE affirme que la réforme renforcera la biodiversité. Mais la véritable diversité ne naît pas de systèmes réglementaires toujours plus complexes, mais de milliers de paysans, de petits sélectionneurs et d’initiatives régionales qui peuvent travailler de façon indépendante.

La question gênante est donc la suivante:

Comment un petit conservateur de semences avec quelques employés peut-il rivaliser avec des groupes qui brassent des milliards et disposent de départements entiers pour la conformité et les autorisations?

La réponse est sans appel: il ne le pourra quasiment pas.

Le nouveau règlement semencier ressemble donc moins à une libération pour la diversité européenne qu’à une nouvelle étape d’un système hautement réglementé, dans lequel les grands peuvent continuer à croître tandis que les petits doivent se contenter d’exceptions.

Bruxelles parle d’harmonisation.

Les critiques parlent d’industrialisation et de centralisation rampantes de notre approvisionnement alimentaire.

Car celui qui contrôle les semences mises sur le marché contrôle, à terme, ce qui pousse dans les champs européens – et donc une part décisive de notre souveraineté alimentaire.

Au-delà de la remigration: les questions que la politique italienne n’aborde pas

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Au-delà de la remigration: les questions que la politique italienne n’aborde pas

Luca Bagatin

Source: https://amoreeliberta.blogspot.com/2026/06/oltre-la-remig...

Marcus_Garvey,__Provisional_President_of_Africa_,_by_the_Keystone_View_Company.jpgLa remigration fut, historiquement, un projet promu par le syndicaliste et écrivain jamaïcain Marcus Garvey (1887-1940) (photo).

Garvey fut parmi les premiers promoteurs du mouvement panafricain, fondé sur l’unité des peuples d’origine africaine et sur la recherche de leur autodétermination et de leur émancipation, sur les plans culturel, politique et économique, afin de s’affranchir du colonialisme et du racisme européen et américain.

Son slogan, « L’Afrique aux Africains », s’inscrivait dans cette logique et il fut l’un des premiers à théoriser la naissance d’une nation africaine forte, souveraine et indépendante.

C’est dans ce contexte qu’est né son concept de remigration, ou de « retour en Afrique » (Back to Africa), c’est-à-dire encourager le retour volontaire en Afrique des peuples qui avaient dû la quitter, afin de s’affranchir des sociétés occidentales et de travailler à la construction d’une nation africaine sur leur terre d’origine.

Un projet souvent saboté par les gouvernements occidentaux, qui tiraient leur force du colonialisme et de l’exploitation des Africains.

Le panafricanisme d’inspiration nationaliste de Garvey, mais aussi celui d’inspiration socialiste de W. E. B. Du Bois, ont d’ailleurs beaucoup influencé les mouvements pour les droits civiques et des personnalités politiques telles que Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Mouammar Kadhafi et, plus récemment, Kemi Seba.

Cela a de quoi surprendre d’entendre une certaine extrême droite italienne parler aujourd’hui de « remigration », en utilisant ce terme à des fins de propagande et en ignorant sa signification originelle.

Dans leurs programmes et projets, il n’est en effet jamais fait mention des responsabilités occidentales, ni des guerres d’invasion et de prédation menées contre les peuples du Tiers et du Quart Monde, qui figurent parmi les principales causes de l’immigration de masse.

Un aspect, d’ailleurs, qui n’est nullement abordé non plus par la droite gouvernementale ni par la prétendue gauche d’opposition, en Italie.

Peut-être parce que l’immigration arrange les entreprises, qui peuvent ainsi payer moins leurs employés immigrés. Peut-être parce que nous continuons d’être alliés à des gouvernements qui, ces guerres d’exportation de mort et de prédation, continuent de les mener ou, comme la France et/ou les États-Unis, continuent d’être fiers de leur passé colonial et de leur présent néocolonial.

Ce qui devrait pourtant scandaliser, c’est qu’il existe encore des forces politiques qui agitent des épouvantails propagandistes, sans jamais aller au cœur du problème.

Et ce sont, malheureusement, la très grande majorité.

Il est étonnant que l’on crie au scandale lorsqu’un crime est commis par un immigré, alors que l’on s’abstient de le faire lorsqu’il est commis par un compatriote.

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Et ainsi, on sous-estime le phénomène, extrêmement dangereux, des bandes de jeunes, des viols, des violences domestiques ou en maison de retraite, des féminicides. On pense tout résoudre avec des mesures ridicules comme le bracelet électronique ou l’assignation à résidence, au lieu d’introduire et d’appliquer des peines sévères et exemplaires, qui pourraient aller jusqu’à la déchéance de la nationalité et la perpétuité incompressible, y compris pour les citoyens italiens qui commettent des crimes contre la personne, surtout s’ils visent des mineurs, des personnes âgées ou des personnes incapables de se défendre.

On parle à tort et à travers de « remigration », mais on se garde bien de parler de la défense des droits humains de chaque victime de violence. Une violence de plus en plus répandue dans les rues et qui n’est aucunement endiguée par une classe politique qui, en dehors de la propagande électorale, se garde bien d’intervenir et de soulever sérieusement la question, en la plaçant au premier plan de l’agenda politique.

Est-il possible qu’il existe des pays où, si un mineur commet un délit ou des actes de violence contre une personne, il va en prison dès l’âge de 12 ans (et, à mon avis, il serait juste qu’il soit également incorporé dans l’armée à 18 ans, afin d’être utile à la société toute sa vie et d’apprendre la discipline) et où les parents sont sanctionnés par une amende et un parcours de rééducation, alors qu’en Italie cela n’existe pas ?

Sans une société moralement assainie et ordonnée, on n’ira pas loin et les violations des droits des victimes n’iront qu’en augmentant de façon démesurée, mais cela, la classe politique ne veut ni le comprendre, ni en assumer la moindre responsabilité.

L’agenda politique devrait être centré sur peu mais de vrais points fondamentaux, dont personne ne parle actuellement dans ce pauvre pays : justice sociale, souveraineté nationale, indépendance économique, ordre et respect d’autrui.

Et tout cela n’est ni de droite, ni de gauche, mais devrait, à mon sens, être au service de la communauté.

Une communauté qui devrait enfin être placée au centre. Non pas au sens politique ou idéologique (d’autant que, désormais, ceux qui se disent du centre regardent vers l’extrême droite), mais au sens pratique et pragmatique.

Luca Bagatin

https://amoreeliberta.blogspot.com

 

 

lundi, 15 juin 2026

La leçon de Belfast

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La leçon de Belfast

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/la-lezione-di-belfast/

Belfast est en flammes. Protestants et catholiques, laissant de côté, pour un instant, les vieilles rancœurs et les vengeances, sont descendus dans la rue. Et ils mettent à feu et à sang tout l’Ulster.

Un immigré, qui serait soudanais, poignarde un passant. Et tente ensuite de le décapiter. Mais il est en Irlande, et là-bas, on n’est pas habitué à subir sans réagir. Des décennies de guerre civile ont forgé les hommes. Et l'intervention d'un riverain l’arrête.

Ensuite, explose la fureur populaire. Contre les immigrés, pour une fois. Et Starmer, depuis Londres, déplore la situation. Il envoie des troupes. Défend un modèle multiculturel qui se révèle pour ce qu’il est: un échec total.

Et c’est justement là que réside la leçon de l’Irlande du Nord.

La démonstration, dramatique, que l’utopie de la société multiethnique promue par certains modèles progressistes n’est qu’une illusion.

Pire encore : c’est l’antichambre de la tragédie qui s’apprête à nous submerger.

Bien sûr, les Irlandais sont des Européens à part. Forgés par des décennies de guerre civile, ils ne sont pas habitués à subir sans réagir.

À détourner les yeux, indifférents ou effrayés, pour ne pas voir ce qui se passe dans leurs villes.

Ou plutôt, dans nos villes. Car ce qui s’est passé à Belfast n’est qu’un épisode rendu visible par la réaction populaire.

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Mais des situations similaires se voient, et se vivent désormais, dans toute l’Europe occidentale.

Une Europe qui a été soumise à une immigration sauvage. Qui n’a servi que certains cercles économiques auto-référentiels, pour leurs propres intérêts. Indifférents aux dégâts dévastateurs qu’ils causaient, et causent encore, à nos pays.

Et cela, sans apporter, par ailleurs, aucun avantage à l’Afrique. Bien au contraire, en lui retirant ses forces vives, incapables de s’intégrer et donc plus facilement exploitables. Et en abandonnant la masse des Africains dans une misère indescriptible. Les condamnant, littéralement, à mourir de faim.

À nous, on raconte le conte de l’intégration multiraciale. D’un monde d’égaux, plus beau et plus juste.

En réalité, ils exploitent simplement des ressources qui seraient nécessaires dans leurs pays d’origine, et les exploitent sans aucune perspective de rédemption future.

C’est à nous, pourtant, qu’on en fait payer le prix. À nous, simples Européens, qui sommes progressivement marginalisés, remplacés. Réduits à l’état de « réserves » pour espèces en voie de disparition.

Certes, la réaction de Belfast est une fureur aveugle. Et elle ne fait de cadeau à personne.

Et il est tout aussi certain que beaucoup d’immigrés viennent en Europe pour chercher du travail, pas pour commettre des délits.

Toutefois, le problème est d’ordre plus général.

Nous subissons un processus de substitution ethnique pour les intérêts de quelques cercles économiques.

Et cela n’a, ni ne pourra jamais avoir, de justification idéologique.

Belfast n’est qu’un signal. Fort, parce que fort est l’esprit combatif des Nord-Irlandais.

Mais toute l’Europe occidentale est désormais soumise à une pression indicible.

Et elle pourrait facilement exploser d’un moment à l’autre.

Tragique, certes. Mais la catharsis régénératrice passe toujours par la tragédie. Malheureusement, c’est le sang qui purifie, pas les bavardages.

 

 

L’UE et Londres craignent leur propre escalade

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L’UE et Londres craignent leur propre escalade

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Autour de possibles négociations quant à l’Ukraine, un nouveau jeu d’information se déploie. Officiellement, il s’agit de formats, de conditions et d’interlocuteurs. Mais en réalité, il s’agit de bien plus: l’UE et la Grande-Bretagne souhaitent manifestement s’asseoir à la table maintenant, car leur propre rôle dans la guerre devient dangereusement visible.

Moscou continue de se référer à la « ligne d’Anchorage », c’est-à-dire aux ententes entre Poutine et Trump, nouées en Alaska. Ce qui y a été convenu reste flou. Officiellement, un seul point est mentionné: le retrait des troupes ukrainiennes du Donbass. La Russie n’exclut pas des discussions avec les soutiens européens de Kiev, mais seulement dans cette logique, et non selon le scénario bruxellois.

Kiev tente de contrer cette ligne. Zelensky réclame des négociations directes et un gel du front. Mais le ton adopté est tel que Moscou ne peut guère y répondre. De Berlin aussi, on entend soudain que le moment serait venu pour un règlement.

La question est: pourquoi précisément maintenant?

La guerre a changé. L’Ukraine ne combat plus uniquement avec des armes occidentales sur son propre sol. Une partie de la production militaire est transférée dans des pays de l’UE. Des drones de longue portée y sont développés. Des structures militaires, industrielles et logistiques, appartenant à des États occidentaux, sont de plus en plus intégrées dans l’effort de guerre ukrainien.

Cela crée une nouvelle donne: l’Ukraine peut frapper la Russie plus en profondeur – mais de plus en plus avec l’aide de structures ouest-européennes.

Pour Kiev, c’est un avantage. Pour Bruxelles, Londres et Berlin, c’est un risque. Car plus la production, la logistique et le soutien technique sont organisés depuis l’espace de l'UE et de l'OTAN, plus il devient difficile d’affirmer qu’on n’est qu’un « soutien » et non une partie prenante de l’architecture de guerre.

À cela s’ajoute: cet avantage est limité dans le temps. La Russie va adapter sa défense anti-aérienne. Les nouvelles routes de drones sont surtout efficaces au début. Ensuite, l’adversaire s’adapte. C’est justement pour cette raison que l’UE et la Grande-Bretagne disposent d’une fenêtre temporelle étroite: négocier maintenant, tant que la pression fonctionne encore – et avant que Moscou ne fasse de l’implication ouest-européenne un sujet central.

En effet, les frappes contre Kiev impressionnent peu les soutiens occidentaux de l’Ukraine. Elles n’atteignent pas les structures qui permettent désormais de consolider une partie de la capacité militaire ukrainienne. Du point de vue russe, une autre conclusion s’impose donc: si les États de l’UE et la Grande-Bretagne s’impliquent de plus en plus, ils pourraient finir par payer eux-mêmes le prix de ce rôle.

Cela ne veut pas dire que la guerre s’étendra à l’Europe de l’Ouest dès demain. Mais la menace plane: les sites de production militaire qui travaillent directement pour l’Ukraine pourraient entrer dans la logique de dissuasion russe.

Dans ce contexte, les nouveaux signaux de négociation prennent une autre dimension. Il ne s’agit pas seulement de paix. Il s’agit aussi de contenir une escalade que Bruxelles, Londres et certaines capitales ont elles-mêmes contribué à préparer. Un gel du front soulagerait Kiev, gagnerait du temps et stabiliserait la production. Pour Moscou, ce serait sans doute un «Minsk nouvelle version»: un cessez-le-feu comme pause, non comme solution.

Pour l’Allemagne, c’est particulièrement dangereux. Berlin participe à une logique d’escalade dont elle ne contrôle pas l’issue. Or l’intérêt allemand n’est pas de déplacer les risques de la guerre ukrainienne dans l’espace de sécurité allemand et européen.

Qui fait venir la production d’armement ukrainienne dans des pays de l’UE, n’importe pas seulement des capacités. Il importe aussi des risques en tant que cible.

C’est pourquoi l’Allemagne devrait désormais insister sur la limitation: pas de fuite en avant, pas de transfert d’infrastructure militaire ukrainienne dans notre espace de sécurité, pas de négociations comme simple pause avant la prochaine guerre.

Car plus l’UE et la Grande-Bretagne font entrer la guerre, sur le plan technique, en Europe de l’Ouest, moins elles peuvent, sur le plan politique, prétendre rester en dehors de ce conflit.

#geopolitique@global_affairs_byelena

dimanche, 14 juin 2026

Que se passe-t-il en Albanie? - La révolte contre le projet méditerranéen d'Israël

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Que se passe-t-il en Albanie?

La révolte contre le projet méditerranéen d'Israël

Oğul Tuna

Oğul Tuna sur les ambitions méditerranéennes grandissantes d’Israël et le soulèvement en Albanie.

Le célèbre entêtement du peuple albanais s’est manifesté une fois de plus, cette fois d’une manière qui pourrait bien entraîner toute la Méditerranée et l’Europe dans la controverse.

Les Balkans sont actuellement secoués par ce qui est devenu la réaction populaire politique la plus passionnée et la plus profonde de ces dernières années dans la région. Lors de manifestations largement ignorées par les médias occidentaux, des milliers de personnes ont occupé les rues de Tirana, la capitale, ainsi que celles de Vlorë, tout au long de la semaine passée.

Au centre de la colère populaire, on retrouve les États-Unis et Israël. Bien qu’ils ne soient pas la cause initiale des troubles, les manifestants dirigent leurs slogans et leurs banderoles vers Washington et Tel-Aviv. Les personnes considérées comme directement responsables sont Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, et sa fille Ivanka Trump. L’indignation s’est accrue depuis que des projets ont été révélés pour transformer l’île de Sazan (photos), au large des côtes albanaises et autrefois base militaire soviétique, en un gigantesque complexe de tourisme de luxe.

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Pourquoi ces figures sont-elles visées ?

Dans le cadre du projet de Kushner et Ivanka, les îles albanaises de Sazan et Zvërnec s’ouvriraient au « tourisme ». Mais il s’agit, sans doute, d’un type de tourisme très particulier. Pour citer l’intellectuel turc Yalçın Küçük, on pourrait dire que « la dégradation humaine » est à nouveau utilisée comme prétexte, ou peut-être comme couverture, dans cette région pittoresque des Balkans:

Peut-être que l’un des mots les plus ignobles est « tourisme ». On peut comprendre le communisme ou le socialisme. Mais le “isme” du tour correspond à la corruption de l’homme, et avec le temps j’ai compris qu’il s’agissait du mode de mouvement du dégénéré (Caligula : Saralı Cumhur, p. 16).

Dans la lignée de l’observation de Küçük, derrière un projet qui pourrait transformer une région déjà gangrenée par la mafia et la dépendance extérieure – non seulement l’Albanie, mais une grande partie des Balkans – en une société entièrement dévouée à servir les étrangers, on retrouve des acteurs bien connus. Selon un reportage de Fırat Çelik (GZT), l’initiative est menée par le fonds d’investissement de Kushner, Affinity Partners. Le projet devrait coûter 6 milliards de dollars, financés, dit-on, par des capitaux du Golfe et d'Israël.

Le développement comprend tout ce que l’on attend: hôtels de luxe avec des milliers de chambres, marinas, villas privées, etc. Tandis que l’on débat de la « dubaiïsation » d’Istanbul, c’est désormais un projet de « dubaiïsation » de l’Albanie qui se profile. Cette vision inquiète non seulement les Albanais, mais aussi de nombreux internautes à travers le monde. En effet, depuis les révélations sur Jeffrey Epstein et la publication de documents connexes, certains craignent qu’une nouvelle version de Little Saint James, plus connue sous le nom d’Île Epstein, ne soit installée dans cette partie du monde.

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Quelles que soient les spéculations et les allégations, le contexte général et les connexions en jeu ont poussé les manifestants à descendre dans la rue depuis plusieurs jours, exprimant leur opposition à de nombreuses figures, du Premier ministre socialiste Edi Rama à Ivanka Trump. Selon le média Harici, Ivanka aurait visité l’Albanie plus tôt cette année et se serait rendue sur l’île de Sazan, aujourd’hui intégrée à un parc national.

Rama, qui a qualifié le projet de « fake news » et affirmé que les manifestations de rue étaient soutenues par l’Iran, avait déjà fait face à des protestations en février dernier concernant des accusations de corruption. Le Premier ministre, qui s’emploie activement à faire entrer l’Albanie dans l’Union européenne, a également été critiqué pour ses séances photo extravagantes avec des dirigeants de l’UE et pour ses déclarations lors d’une visite en Israël en janvier 2026. S’adressant à la Knesset, Rama a déclaré :

Me tenir devant Netanyahou, l’un des plus grands orateurs du monde, me fait trembler les genoux.

Lors d’une rencontre avec le président israélien, Rama a également lancé cette invitation :

D’ailleurs, nous sommes prêts à accueillir à bras ouverts tous les Israéliens qui souhaitent venir ici : touristes, entrepreneurs, artistes, écrivains, travailleurs de la haute technologie, ou ceux qui s’occupent des personnes âgées. Dans ce pays, situé au cœur de l’Europe, sur les rives de deux mers et entouré de nombreux fleuves, nos portes sont ouvertes à ceux qui veulent construire leur maison ici. Dans une géographie très restreinte, dans un pays aussi petit que l’Albanie, la nature offre tout ce que l’on peut rechercher.

La question de fond : la Méditerranée est-elle la véritable cible ?

Même si les manifestations en Albanie dominent actuellement les débats dans les Balkans et la Méditerranée orientale, une lecture plus large oblige à se demander: la Méditerranée elle-même n’est-elle pas la véritable cible ?

Après tout, nous approchons de l’anniversaire de la guerre Iran-Israël-États-Unis. Au cours de l’année écoulée, de nombreux rapports sur des investisseurs et entrepreneurs israéliens sont parus. De nombreux commentateurs ont écrit sur la façon dont le gouvernement de Tel-Aviv, qui cherche à établir un front aux côtés de la Grèce et de Chypre du Sud contre la Turquie, a accru ses activités, notamment dans le sud de l’île.

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Bien sûr, ces activités ne se limitent pas au domaine militaire et politique. Selon un article publié en mai par Ecem Şahinli Ögüç (Anadolu Agency), le village de Trozena, près de Limassol, aurait été racheté par des Israéliens, les habitants chypriotes-grecs étant apparemment empêchés d’y entrer.

En parallèle des nombreuses analyses avertissant que le nord de Chypre devient une cible de l’intérêt israélien et que la sécurité de la République turque de Chypre du Nord est de plus en plus menacée, on constate également que la région est devenue une destination pour les investisseurs et colons israéliens. De même, après l’intensification de la guerre contre l’Iran, de nombreux Israéliens auraient fui non seulement vers Chypre du Sud, mais aussi vers le nord. Selon un rapport d’août 2025 d’Emir Abdurrahman Bulut (Independent Türkçe), le mouvement Loubavitch (Chabad) et divers investisseurs y auraient acquis des biens depuis longtemps. Le sujet a pris tant d’ampleur que les autorités chypriotes du Nord et les médias israéliens se sont affrontés l’an dernier après la multiplication des titres affirmant que «Chypre du Nord est aussi un problème israélien».

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En mai 2026, The Jerusalem Post attire l’attention sur un tout autre pays. Une entreprise israélienne, IDM Kalamata Monoprosopi AE, envisagerait d’investir 136,5 millions d’euros à Kalamata (photo), dans le sud de la Grèce. Ce projet vise à attirer aussi bien des touristes étrangers que des personnes intéressées par l’achat de biens immobiliers dans la région.

Bien entendu, dans une logique d’économie de marché, la nationalité ou l’identité du capital est généralement jugée indifférente. C’est pourquoi, du côté des responsables albanais, désireux d’accélérer l’intégration à l’Occident et d’attirer les investissements étrangers, l’origine des fonds importe peu. Mais dès que l’on prend du recul et que l’on examine la carte des investissements, des reportages et des réactions publiques qui se multiplient, il devient difficile d’ignorer qu’il se passe quelque chose d’important sur la façade orientale de la Méditerranée européenne.

imalbpages.jpgDu moins, c’est ainsi que les manifestants albanais perçoivent la situation. Après une semaine entière de mobilisation, ils continuent de remplir les rues de cris et de slogans vigoureux. Comme le déclare Rama, ce ne sont peut-être pas les plus grandes manifestations qu’il ait connues, mais il serait difficile de parler d’un mouvement qui s’essouffle. Ce qui doit le plus l’inquiéter, c’est que des Albanais de toutes origines sociales et de toutes tendances politiques se sont unis contre lui et contre le projet.

Ces manifestations feront-elles tomber le gouvernement ou déclencheront-elles un effet domino en Europe ? Il est encore trop tôt pour le dire. Il faut se rappeler que de nombreux Européens, tout comme les Albanais et leurs voisins, sont de plus en plus conscients que les citoyens ordinaires souffrent, tandis que leurs gouvernants semblent absorbés par des projets qui ne servent guère les intérêts de leur pays. Dès lors, il ne serait guère surprenant que l’été voie éclore des manifestations similaires dans de nombreuses autres villes européennes, au-delà de Tirana.

(Traduit du turc)

samedi, 13 juin 2026

Blocus maritimes

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Blocus maritimes

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/blocchi-marittimi/

Kaja Kallas ne se dément pas. Elle annonce, avec une joie toute triomphante, que l’UE a «autorisé» le blocus et la saisie des navires marchands russes, ou soupçonnés de transporter des marchandises russes, dans toute la Méditerranée.

«Autorisé». Au nom de quel droit, sur quelles bases juridiques, cela n’est cependant pas précisé. Et, d’ailleurs, cela ne semble pas inquiéter Kallas. Son interprétation du rôle de «ministre des affaires étrangères» de la fantomatique Union européenne a de quoi, pour le moins, laisser perplexe.

Car, au lieu de chercher des solutions diplomatiques aux différends, la gentille dame semble vouloir pousser, avec toutes ses – il est vrai assez limitées – énergies, en direction de la guerre.

Mais cela importe finalement peu. Tout comme, sur la scène internationale, Kallas et ses ardeurs bellicistes comptent peu, voire pas du tout.

Ce qui nous intéresse ici, c’est le soi-disant «blocus naval» anti-russe en tant que tel.

Admettons, sans vraiment le concéder, qu’il soit réellement possible: à qui nuirait-il?

Certainement à l’Espagne, qui achète ouvertement du pétrole et du gaz à la Russie, à des prix bien inférieurs à ceux pratiqués par les États-Unis.

Et puis à tous ces pays méditerranéens qui ont recommencé, discrètement peut-être, à importer de Russie, au mépris des blocus décidés par Bruxelles.

Moscou, elle, n’en subirait qu’un préjudice relatif. D’autant que ses marchés se sont considérablement élargis, devenant mondiaux.

Aujourd’hui, la majeure partie de la production russe part vers la Chine, l’Inde et d’autres pays du monde.

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Le Kremlin peut regarder le blocus européen avec une tranquille indifférence.

D’autant plus qu’il pourra continuer à miser sur ses excellentes relations avec le monde du Maghreb, en fournissant à ces pays du pétrole et ses dérivés, qui seront ensuite exportés vers l’Europe à des prix nettement majorés.

En réalité, ce «blocus», annoncé par la fantasque et imprévisible dame estonienne, a une signification politique précise. Une signification pour le moins très inquiétante.

C’est, sans détour, une véritable déclaration de guerre.

Car bloquer les exportations de la Russie, c’est tout simplement entrer ouvertement en guerre avec Moscou.

Et cela, le Kremlin le sait pertinemment.

Les récentes déclarations de Lavrov en sont la preuve.

Le ministre des Affaires étrangères russe, de tout temps le plus mesuré de l’establishment moscovite, a déclaré clairement qu’il n’y a désormais plus aucune possibilité de dialogue ou de médiation diplomatique avec l’Europe.

La parole est aux armes.

Et il l’a dit avec colère, certes, mais aussi avec une pointe de tristesse.

La frustration de celui qui, ces derniers mois, s’est beaucoup investi pour chercher une solution concertée à la crise ukrainienne.

Et qui s’est heurté à la volonté obtuse et belliciste de Londres et de Bruxelles.

La joyeuse cigale estonienne, donc, peut bien jubiler en annonçant de fantaisistes blocus navals.

Nous, en revanche, avons de quoi nous inquiéter. Et gravement.

La loi hongroise sur la protection de l’enfance serait contraire aux «valeurs de l’UE»!

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La loi hongroise sur la protection de l’enfance serait contraire aux «valeurs de l’UE»!

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94 

À peine quelques jours après la défaite électorale de Viktor Orban en Hongrie, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un arrêt aux conséquences considérables: la loi hongroise sur la protection de l’enfance, adoptée en 2021, qui interdit d’exposer les mineurs à la «propagande LGBT», a été déclarée contraire au droit de l’UE et aux «valeurs fondamentales» de l’Union européenne. Tant le contenu que la date de cette décision ont de quoi surprendre.

C’est la Commission européenne, soutenue par 16 États membres et le Parlement européen, qui avait engagé la procédure contre la Hongrie. L’ancien Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, n’avait d’ailleurs laissé aucun doute à ce sujet: la Hongrie «devait être mise à genoux». La décision de justice a été unanimement saluée par l’establishment, et plusieurs ONG l’ont qualifiée d’«historique». Elle confirme une fois de plus la primauté du droit européen sur les législations nationales en matière d’éducation et de mœurs, même lorsque ces lois nationales sont adoptées à de larges majorités parlementaires et après référendum.

Tout tourne, bien sûr, autour des fonds européens gelés…

Pour les ONG, il est désormais clair qu’aucun État membre ne pourra adopter de lois visant à empêcher l’exposition des enfants à la propagande de genre sans s’exposer à la colère de la Cour de justice de l’UE, même si des majorités le demandaient expressément. Mais attention: dans ses motivations, la Cour ne remet pas en cause le principe même de la protection de l’enfance, elle retire simplement aux États membres le droit de l’inscrire dans la loi.

Il y a bien sûr un autre élément, qui concerne le moment choisi pour cette décision. Péter Magyar, le nouveau Premier ministre hongrois, a déjà laissé entendre qu’il souhaite de meilleures relations avec les institutions européennes et qu’il aimerait débloquer les fonds européens gelés. Il s’agit de milliards d’euros. Ces milliards d’euros valent-ils, aux yeux de Magyar, une «compensation»?

Il demeure une perception cynique: les États membres ne sont libres de décider eux-mêmes que dans la mesure où ils se conforment à l’orthodoxie idéologique de la Commission. Une voie dangereuse…

Le Forum de Saint-Pétersbourg et la guerre de la Russie avec l’Europe - L’État-civilisation, la multipolarité et la nouvelle réalité mondiale

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Le Forum de Saint-Pétersbourg et la guerre de la Russie avec l’Europe

L’État-civilisation, la multipolarité et la nouvelle réalité mondiale

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine livre ici son analyse incisive de l’affrontement global actuel, du sens de la Russie comme « État-civilisation » et des évolutions profondes qui s’opèrent dans la société russe et dans la pensée de ses élites.

Entretien avec Alexandre Douguine dans l’émission Eskalation sur Sputnik TV

Alexander_Stubb_-_2024_(73516)_(cropped).jpgAnimateur : Le président finlandais Alexander Stubb (photo) espère élargir sensiblement l’Union européenne à 40 pays. Le chiffre de 13 nouveaux membres qu’il souhaite intégrer est assez symbolique. Dites-nous, pourquoi la Finlande – en la personne de Stubb – a-t-elle besoin de cela maintenant, et pourquoi l’Union européenne en aurait-elle besoin? Un tel élargissement massif implique pourtant de nombreux facteurs – économiques, idéologiques, et d’autres encore. Quel est le calcul derrière tout cela à ce moment précis?

Alexandre Douguine : Je ne pense pas que l’Union européenne ait besoin de ces pays supplémentaires d’un point de vue purement économique. Ce dont il est vraiment question, c’est que de telles déclarations – et même les mesures politiques concrètes qui ouvrent la voie à l’adhésion de nouveaux pays à l’UE – s’inscrivent dans une nouvelle vague de la guerre menée par l’Occident contre la Russie.

32176041961.jpgVous savez, il existe une discipline appelée géopolitique. Je l’étudie, la développe et la promeus depuis de nombreuses décennies, depuis la fin des années 1980, à une époque où presque personne ne s’y intéressait et où le terme lui-même était à peine connu. Cette discipline a été introduite dans le champ universitaire par les Britanniques, en particulier Halford J. Mackinder. Au fond, elle décrivait la stratégie de domination mondiale anglo-saxonne. Mais, naturellement, puisqu’ils décrivaient le monde selon leur vision, il était logique que ceux placés en position d’objet – soit l’ennemi des Anglo-Saxons – développent une géopolitique alternative. Une géopolitique qui ne se fonde pas sur les intérêts de la « civilisation de la mer », représentée par les Anglo-Saxons – la civilisation du capitalisme, du commerce, et de la marchandisation – mais sur la « civilisation de la terre », que ces mêmes Anglo-Saxons qualifiaient de civilisation de l’héroïsme, des valeurs conservatrices et traditionnelles.

31449573185.jpgNos Eurasistes ont esquissé les premiers contours, et à partir des années 1980, j’ai développé cette géopolitique alternative. Elle obéit, dans le fond, aux mêmes règles, lois et schémas – mais vus depuis le continent, depuis l’Eurasie, depuis la Russie, depuis le « Heartland ».

Si l’on applique ce prisme géopolitique, on observe ceci: dans la lutte entre la mer et la terre, la question décisive est le contrôle de l’Europe en tant que zone littorale – le fameux Rimland. Du point de vue des Anglo-Saxons, des atlantistes, des partisans de l’OTAN (c’est-à-dire de l’atlantisme), il s’agit d’étendre leur zone d’influence aux dépens de la civilisation de la terre – donc de la Russie.

L’effondrement du Pacte de Varsovie a été un coup fondamental porté à notre première ligne de défense. Ces territoires étaient contrôlés par nous à la suite de la Grande Guerre patriotique. Ils nous ont été retirés, alors qu’ils nous revenaient géopolitiquement. Cela s’est produit en 1989, après l’effondrement programmé du Pacte de Varsovie, et on nous a même persuadés que c’était la bonne chose à faire.

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La vague suivante fut la séparation des pays post-soviétiques, historiquement parties d’un même État. Ce fut un autre grand succès pour la civilisation de la mer – pour nos adversaires. Aujourd’hui, le conflit en Ukraine a ouvert la troisième étape de leur expansion. Nous avons tenté de garder l’Ukraine dans notre sphère d’influence, car il s’agit de notre peuple, de nos valeurs, de notre civilisation, de notre Monde russe. En réponse, nous avons reçu un coup massif de l’Occident collectif. Et désormais, l’Occident cherche à étendre encore son influence sur ces territoires post-soviétiques, en les amenant à rejoindre l’Union européenne – et en réalité, l’OTAN. Il s’agit, en substance, de la troisième vague de la Grande Guerre des continents.

Animateur : Je vous interromps un instant. Il y a un autre détail intéressant: le Canada figure aussi sur cette liste. Que fait l’Union européenne sur un autre continent? Et l’inclusion du Canada ne serait guère vue d’un bon œil par les États-Unis. Alexandre Guelievitch, êtes-vous toujours avec nous? Dites-nous, pourquoi le Canada figure-t-il sur la liste d’élargissement proposée par Stubb?

Alexandre Douguine : Je pense qu’il s’agit là d’un coup destiné à Trump. Trump s’écarte en effet de cette ligne atlantiste, mondialiste, libérale. Il tente de rétablir un monde unipolaire – toujours anglo-saxon, mais centré sur les États-Unis et non sur une gouvernance mondiale. Autrement dit, Trump voit le gouvernement mondial comme son propre gouvernement – un gouvernement purement américain. Cela le met en opposition avec les dirigeants libéraux et mondialistes de l’Union européenne et du Canada, qui ont leur propre vision.

C’est justement ce camp libéral-mondialiste qui a déclenché le conflit avec nous en Ukraine. À ce moment-là, c’est un mondialiste et libéral – Biden – qui était à la Maison-Blanche, et les dirigeants des États européens étaient du même bord. Ils ont lancé cette guerre contre nous. Trump, donc, voit les choses autrement… Mais il poursuit ce conflit car il l’a hérité de ses adversaires idéologiques.

Le Canada a été ajouté à la liste justement pour montrer à Trump qu’il existe dans le monde occidental une structure de pouvoir oligarchique globale – le « deep state » international – et non pas son projet individualiste (et, avec Netanyahou, assez aventureux). On essaie de ramener l’Amérique de Trump dans ce cadre. Le Canada, en somme, est une gifle pour Trump, un signal qu’il devra abandonner son impérialisme américain direct et brutal et revenir à l’agenda mondialiste – devenir « aussi européen », faire partie de l’Union européenne. En principe, inviter le Canada dans l’UE est une attaque contre Trump, destinée à le forcer à revenir dans le giron mondialiste.

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Je pense que leurs querelles internes ne sont pas si fondamentales, même si elles pourraient s’aggraver selon les circonstances. Pour l’instant, c’est surtout du trolling. Mais le projet d’admettre l’Ukraine, la Moldavie, l’Arménie, éventuellement la Géorgie, l’Azerbaïdjan ou même la Biélorussie (ce qui est évidemment impossible sous Loukachenko, mais de telles idées circulent) – cela, c’est différent. C’est le Grand Jeu géopolitique, vieux de plusieurs siècles. C’est le code géopolitique. Ce ne sont pas de simples déclarations extravagantes de politiciens. Quelle influence réelle a la Finlande? Elle n'en a guère. Et pourtant, je prends cela au sérieux. Ces signaux révèlent des tendances géopolitiques profondes, plus fortes que les idéologies, l’économie, le business, la technologie ou les structures politiques. Les systèmes politiques, les dirigeants et les idéologies passent, mais la géopolitique demeure. Ses lois fondamentales – la façon dont les États sont enracinés dans l’espace – ne changent pas.

Il faut donc prendre ces signaux au sérieux. L’Occident montre clairement son intention de mener la guerre contre nous jusqu’à notre défaite stratégique, notre démembrement, notre effondrement ou notre désintégration interne par l'action de mouvements de protestation. Dit autrement, l’Occident combat déjà contre nous à visage découvert, sans aucune retenue. Nous devons l’admettre et, selon moi, nous préparer à une grande guerre, sérieuse et difficile, contre l’ensemble de l’Occident collectif – sans faire d’exception même pour l’Amérique, car Trump n’est qu’un épisode temporaire.

Animateur : Par ailleurs, rejoindre l’Union européenne, au-delà de tout avantage économique, comporte un risque civilisationnel très sérieux pour les États-nations. Cela implique d'accepter sans broncher tout ce que nous considérons ici comme extrémiste et qui est, à ce titre, interdit, ainsi qu’une politique migratoire totalement différente. Les élites dirigeantes n’en tiennent-elles vraiment pas compte? Pourquoi tant d’États – pas seulement ceux de la liste de Stubb, mais beaucoup d’autres – le savent très bien et se précipitent pourtant pour adhérer? Pourquoi cela se produit-il?

Alexandre Douguine : La réalité, c’est que les libéraux utilisent le nationalisme comme instrument. Il n’y a aucun doute sur qui contrôle qui. Le nationalisme – et même le nazisme – est un instrument artificiel dans les mains des libéraux. Ils le cultivent et permettent à une entité naine, un État raté, de croire à sa grandeur, à sa souveraineté, à son indépendance – pour qu’il puisse se détacher de l’influence de la Russie ou d’autres pôles émergents du monde multipolaire.

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Au départ, on présente les choses ainsi: «Vous serez tous nationalistes, souverains, vous pourrez tout avoir à votre guise». C’est nécessaire pour rompre radicalement avec notre influence, sous la bannière de la souveraineté et du nationalisme – loin de nous, de la Chine, de l’Inde. Tout État-civilisation, tout pôle indépendant, est une menace pour les mondialistes. Mais ensuite, les dirigeants prétendument nationalistes, champions de la souveraineté, deviennent soudain de simples gestionnaires au sein de l’Occident global. Toutes leurs revendications de souveraineté s’évaporent aussitôt. Ils s’alignent sur l’agenda mondialiste, et leurs rêves d’indépendance réelle s’évanouissent.

Cela vaut aussi, d’ailleurs, pour de nombreux pays déjà membres de l’UE. Regardez Giorgia Meloni. Elle se présentait à l’origine comme une figure d’extrême droite. Son parti, « Fratelli d’Italia », vainqueur des élections, s’affichait très radical. Et soudain, elle est devenue une exécutante docile des politiques de Kaja Kallas, d'Ursula von der Leyen et de Klaus Schwab. Autrement dit, elle soutient pleinement les démarches les plus anti-nationales et anti-souverainistes de l’UE, bien qu’elle soit arrivée au pouvoir avec des slogans sur la restauration de la souveraineté. Mais cela n’a pas duré.

Il en ira de même – et même plus encore – pour la direction ukrainienne, pour Pachinian ou pour Sandu. Il n’y a même pas à discuter. Ils seront simplement absorbés. La logique de l’Occident est simple: «Aujourd’hui, vous êtes nationalistes? Très bien, tant que vous êtes contre la Russie. Demain, vous ferez partie de nous et nous vous gérerons». Que pensent les forces nationalistes dans tous ces pays? Rien du tout.

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Je regarde comment réagissent les autres peuples post-soviétiques – à l’exception de la Biélorussie et de sa population avisée. Tous les autres avalent l’appât de ce nationalisme fictif, impossible et irréel, alors qu'il est pourtant totalement interdit selon les normes internes de l’UE.

Il y a une contradiction flagrante entre cet appât nationaliste – voire nazi – qui donne à la population (ukrainienne ou autre) l’espoir de pouvoir «tout attaquer, détruire, proclamer l'ascendance de toute race que vous voulez…» Et puis, dès que l’opération contre nous est accomplie – et là, c’est la grande géopolitique – ils deviennent aussitôt des exécutants dociles de l’agenda libéral. Ils participent aux défilés adéquats et deviennent un simple menu fretin, géré par les élites mondialistes.

Bienvenue dans un monde où les gens croient faire carrière, alors qu’ils ne sont que des éléments sur le menu de ces élites globales. La logique de l’Occident: si vous détestez les Russes, vous pouvez être ce que vous voulez. La haine est justement ce que recherchent ces forces destructrices. C’est ce que l’on voit aujourd’hui en Ukraine. Et quel nationalisme est-ce là? Ce pays disposait d’un vaste territoire, qu’il contrôlait paisiblement – personne ne lui contestait rien. Mais dès que les libéraux ont poussé l’Ukraine vers l’OTAN et l’UE, les pertes colossales ont commencé: perte de territoires, de souveraineté, d’indépendance, d’économie, de population. Tout a déraillé. Quel nationalisme est-ce là?

Ils continuent d’attaquer et de commettre des actes terroristes sans voir la contradiction évidente. C’est, à mon avis, un profond seuil de conscience. Le même schéma se répète chez d’autres radicaux est-européens, post-soviétiques ou même ouest-européens. Ils crient: «Nous allons gouverner ici, pas de migrants», mais en réalité, ils deviennent docilement les exécutants de la volonté mondialiste.

Les mondialistes contrôlent les nationalistes, pas l’inverse. Toute tentative de s’allier aux forces mondialistes est vouée à l’échec – c’est une impasse. Pourquoi ceux qui sont séduits ne le voient-ils pas ? Pourquoi perdent-ils toute capacité de raisonnement politique qui pourrait peser la vraie souveraineté et les intérêts réels ? Difficile à dire, mais le degré d’aveuglement cognitif dans les sociétés modernes est sidérant.

Animateur : Puisque vous avez évoqué l’Ukraine, abordons ce sujet. Il y a d’abord eu la lettre ouverte et bruyante de Zelensky, écrite dans un langage totalement inacceptable pour la politique publique. Puis la rencontre entre Zelensky, Macron, Starmer et Merz, après laquelle un nouvel ultimatum a été adressé à notre pays. Pourquoi répètent-ils sans cesse les mêmes schémas? Espèrent-ils obtenir quelque chose? Quel est le but de tout cela?

Alexandre Douguine : Bien sûr, ils mènent une guerre contre nous. Ils espèrent nous infliger une défaite stratégique. Nous répondons généralement qu’ils n’y parviendront pas. Je suis persuadé que nous avons raison – ils n’y parviendront pas – mais ce «n’y parviendront pas» n’arrivera pas tout seul.

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Si nous nous réveillons, si nous nous ressaisissons, rassemblons notre volonté, notre intelligence, notre détermination, et regardons honnêtement ce qui nous manque vraiment pour une victoire authentique et convaincante… Qu’est-ce que la victoire? Ce serait, par exemple, être prêt à infliger une défaite stratégique à l’Ukraine. Non pas à l’Occident, mais à l’Ukraine. Oui, cela veut dire démilitarisation et «dénazification». Cela signifie établir le contrôle sur ce territoire pour qu’il ne puisse plus nous menacer, ni idéologiquement, ni militairement. Voilà à quoi ressemblerait une défaite stratégique du régime ukrainien actuel. L’Europe, qui le soutient, serait l’étape suivante.

Eux ont une autre perception. Ils pensent qu’en luttant contre nous, ils peuvent nous infliger une défaite stratégique. Ils voient apparemment nos faiblesses – que nous-mêmes ne percevons peut-être pas, ou qu’ils imaginent, ce qui est possible aussi. En tout cas, ils estiment que, par exemple, nous en sommes à la quatrième ou cinquième année de guerre avec des résultats très relatifs. En ce sens, ils ont raison de leur point de vue. Donc, ils pensent qu'il faut continuer à faire pression sur la Russie par des sanctions, des provocations, des menaces, pour qu’elle perde confiance, se sente faible, et que sa société se fracture.

Vous croyez que rien de tout cela ne fonctionne? Si, cela fonctionne. Bien sûr, c’est surtout de la propagande ennemie, mais, à l’intérieur du pays, les gens commencent aussi à se poser des questions: comment est-ce possible? Où est l’image de la victoire? Où est la logique claire? Beaucoup deviennent insatisfaits, et c’est précisément ce sur quoi ils comptent. L’ennemi parie sur le fait qu’en faisant pression sur la Russie, en élevant le niveau de confrontation, il atteindra son but. D’autant que nos réactions ont été assez modérées jusqu’ici. «Oreshnik» sans ogives spéciales, frappes sur des cibles peu symboliques…

Ce n’est pas drôle. Leur volonté de nous infliger une défaite stratégique n’a rien d’amusant. Hitler aussi voulait infliger une défaite stratégique à l’URSS – c’était extrêmement sérieux, et nous n’avons gagné la Grande Guerre patriotique qu’au prix d’immenses efforts. Aujourd’hui, il se prépare quelque chose d’aussi grave, voire plus. L’Europe compte 400 millions d’habitants, c’est beaucoup. Et l’Amérique a une population énorme et des capacités économiques et technologiques colossales.

Je ne veux effrayer personne. Je dis simplement que la situation prend une tournure très dangereuse. Si nous attendons d’eux qu’ils fassent un pas vers nous, qu’ils négocient ou changent de ton – pourquoi feraient-ils cela? Avons-nous des arguments irréfutables à faire valoir? Avons-nous de tels succès qu’ils seraient contraints de négocier – par exemple, arrêter notre offensive puissante? Si Kharkov et Odessa étaient à nous, si nous étions aux portes de Kiev – là, ils changeraient de ton. Mais tant que la ligne de front reste à peu près ce qu’elle est, la situation est très dangereuse. Eux croient sincèrement qu’ils gagnent. Nous savons que ce n’est pas le cas, mais, puisqu’ils le croient, nous ne pouvons pas l’ignorer.

Animateur : Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg vient de s’achever. Outre les enjeux économiques, il portait sur l’ordre mondial futur. Le président Vladimir Poutine y a longuement parlé du futur ordre mondial. Alexandre Guelievitch, quelle importance ont de tels forums aujourd’hui pour déterminer la façon dont nous vivrons demain ? Quel est leur rôle ?

Alexandre Douguine : Tous les forums sont différents. Il y a Davos, où les mondialistes élaborent leurs projets. Il y a des forums dominés par la Chine, où on parle surtout de la Chine. D’autres, islamiques, centrés sur des enjeux propres aux pays islamiques.

yevgeny_primakov.jpgLe Forum économique international de Saint-Pétersbourg a été conçu – et j’étais là à ses débuts, quand Egor Stroïev et Evgueni Primakov (photo) en ont posé les bases à la fin des années 1990 (vers 1997-1998). Lors des premières éditions, j’y présentais mes livres et projets: Les Fondements de la géopolitique, La Patrie absolue, Notre voie. Je me souviens combien ces idées paraissaient alors intempestives – elles suscitaient de l’incompréhension. Nous en discutions avec des responsables du système Eltsine, ses conseillers, ministres et vice-ministres. De mon point de vue, tout ce que je disais était juste, mais, pour eux, cela sonnait comme un terrible contretemps. Même si Primakov et son entourage, ainsi que certains militaires, appréciaient beaucoup.

Mais, en près de trente ans, d’immenses changements ont eu lieu. D’abord, Vladimir Poutine a donné au forum une ampleur considérable dans les années 2000. Il est devenu une vitrine de la Russie – de ses réussites et de ses succès. Les dirigeants de nombreux États européens venaient alors, lorsque les tensions avec l’Europe n’avaient pas atteint le stade actuel de guerre ouverte. C’était une fenêtre sur une Russie nouvelle, montante, désireuse de s’intégrer à l’Occident tout en préservant sa souveraineté.

Ce projet s’est progressivement effondré. D’abord à cause du Covid, qui a annulé ou vidé le forum. Puis avec le début de l’Opération militaire spéciale. Au début, le forum a connu un reflux – tentative d’isoler et de diaboliser la Russie. Tous ces invités de haut rang et représentants de grandes entreprises, qui formaient le cœur du forum dans les années 2000, ont disparu. Ce forum de l’époque avait ses zones d’ombre, ses excès festifs. Saint-Pétersbourg devenait une sorte de « vitrine sur l’Europe » où affluaient, des deux côtés, des personnages peu recommandables. Mais ce SPIEF orienté vers l’Occident n’existe plus.

Pendant quelques années, le forum a été un peu désorienté, pendant que nous reprenions des forces et démontrions que nous construisions notre propre voie. Les invités venaient surtout de civilisations non occidentales. C’était bien aussi: la Russie n’était pas oubliée, nous restions ouverts – mais plus au monde occidental.

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Et aujourd’hui, à ce forum, j’ai noté une évolution intéressante: il redevient puissant, gagne en force, et nous revenons à nous-mêmes. Nous retrouvons une confiance en nos capacités, et un tournant profond s’opère chez nos élites politiques vers notre identité civilisationnelle profonde et vers la multipolarité évoquée par le Président. Et cette confiance inspire tout le monde.

Cette année, les invités nous regardaient tout autrement – y compris de nombreux Occidentaux. Des personnalités marquantes sont venues, comme Candace Owens, journaliste américaine indépendante, influente auprès de dizaines de millions de personnes. On sentait que ces gens venaient en Russie en connaissance de cause, et les Russes présents savaient aussi qui ils étaient. Lorsqu’une attaque de drone est survenue au matin, cela n’a effrayé personne, au contraire, cela a uni les gens. Ils se sont sentis un tout.

Il n’y avait plus cette domination des libéraux systémiques. Avant, les patriotes porteurs d’idées souverainistes – Glaziev, Galouchka, Malofeev, Isaev – paraissaient des oiseaux rares. Désormais, il n’en reste rien. Des représentants de nos élites, des régions, et des invités étrangers, tous très concentrés, déterminés, énergiques, comprenaient ce qu’est la Russie comme État-civilisation.

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Oui, il y avait encore des défauts, comme l’exposition de voitures étranges, vestiges de l’« archéo-modernité » des années 2000-2010. Nous n’échappons pas à ces vagues d’absurdité. Mais souvenez-vous: autrefois, le pavillon Tsargrad de Malofeev était décoré en style Khokhloma (illustration, ci-dessus), et tout le monde était étonné. Puis sont apparus des kokoshniks électroniques. Désormais, presque chaque stand met en avant des éléments russes. Les pavillons de nos régions montraient leurs traditions ethniques et culturelles – régions russes et républiques nationales. Chaque ville montrait son unicité, mais nous sommes un même peuple.

Il n’y a plus de division entre «ceux qui sont en guerre» et «ceux qui ne le sont pas». Gouverneurs, fonctionnaires, ministres, entrepreneurs – tous participent à ce processus historique. Tous comprennent la gravité de la situation. Pour moi, ce forum fut une démonstration unique du retour progressif de la Russie comme État-civilisation pleinement souverain, qui ressent sa dignité, sa force et sa liberté. Et cette Russie est prête au dialogue avec tous ceux qui le veulent: à l’Est, à l’Ouest, en Afrique, en Amérique latine. La Chine était très présente. Une excellente journaliste indienne est venue, ravie de ce qu’elle a vu. En somme, les contours du nouveau monde se dessinent sous nos yeux.

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Notre forum, celui de Saint-Pétersbourg – où, à l’origine, je distribuais un peu seul la brochure « Notre voie » qui décrivait ce à quoi nous sommes finalement parvenus avec tant de peine – m’a laissé d’abord un sentiment de solitude, d’avance prématurée. Et aujourd’hui, à ce forum où j’ai participé, j’ai ressenti: oui, c’est lent – « les moulins des dieux tournent lentement » – tous nos processus sont lents. Mais si l’on a confiance, si l’on travaille, si l’on attend, si l’on aime son pays et qu’on s’y consacre sans relâche, alors, en trente ans, on voit des résultats. Surtout si la direction du pays continue dans la voie patriotique.

C’est donc la confirmation d’un long et immense effort, d’un travail minutieux de millions de Russes. Autrement dit, nous avons dévié le navire de la Russie de la trajectoire difficile de l’intégration dans l’Occident vers l’affirmation de notre identité, de notre souveraineté, de notre liberté, de nos valeurs civilisationnelles et traditionnelles. Et nous avons franchi un seuil. Les deux forums précédents étaient déjà bons, mais il était difficile de dire clairement ce que nous proposions. Nous montrions que nous commencions à nous rassembler, à repenser notre place dans le monde, à faire de la substitution d’importations. Mais aujourd’hui, la question n’est plus la substitution, mais comment libérer le potentiel infini de la Russie – en politique, ressources, économie, technologie.

J’ai aussi été agréablement surpris par les sessions cette année. Une sur deux portait sur la démographie, la natalité, le développement régional, l’aménagement urbain. Une partie de l’agenda était patriotique – soutien aux mères, aux femmes et aux familles; l’autre, sur la percée technologique, l’intelligence artificielle, les innovations. C’est un programme optimal.

À la session que nous avons organisée avec Malofeev (photo, ci-dessus), nous avons discuté des menaces pour 2050 et des moyens d’y répondre. Ce fut l’une des plus vivantes et fréquentées après le discours du Président. La salle n’a pas suffi: il aurait fallu tripler la capacité. Cela montre que les gens prennent l’avenir très au sérieux. Ils comprennent quels dangers planent sur notre pays et les défis à surmonter. Il n’y avait aucune trace de suffisance ou de fanfaronnade. Nous sommes unis, nous nous rétablissons, nous sommes forts, et on ne peut pas nous intimider. Nous sommes enfin consolidés dans notre dimension patriotique. Il n’y a pas d’autre option – tout le reste a disparu ou s’est tu, du moins ce n’était pas visible au forum. Les gens présents savaient leur tâche: sauver la Russie dans des conditions difficiles. Difficiles, mais pas désespérées.

Animateur : Alexandre Guelievitch, au forum comme dans de nombreux discours publics, on parle de la Russie comme «État-civilisation» et de la création d’un monde multipolaire, qui avance activement. Dans le contexte d’un monde multipolaire, que signifie la Russie comme État-civilisation? Quelle est cette civilisation?

Alexandre Douguine : Je viens de publier un livre intitulé L’État-civilisation, rédigé sur commande de l’État.

Qu’est-ce que cela veut dire, «être une civilisation»? Cela signifie détenir le monopole absolu sur le sens. Autrement dit, la Russie décide elle-même de ce qui est bien ou mal, de ce qui est humain ou non, de quels objectifs nous poursuivons, de quel type de société nous bâtissons, de quel système nous choisissons – et personne de l’extérieur ne peut nous imposer ses valeurs. Si nous voulons, nous les acceptons librement ; si nous ne voulons pas, nous les rejetons. C’est ce degré de souveraineté civilisationnelle qui est inaccessible à un État ordinaire.

L’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas ou la Belgique sont aussi des États souverains. Le Maroc et l’Égypte aussi. Mais ils appartiennent à une civilisation ou une autre et doivent en partager les valeurs, même contre leur intérêt national. Une civilisation décide des choses les plus importantes. Elle détermine non seulement le bien et le mal, mais même ce qui existe ou non. Une civilisation a son propre cosmos; elle décrit la structure même de l’être selon ses propres idées.

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Notre civilisation est sans aucun doute d’essence orthodoxe et slave orientale. C’est le Monde russe – notre noyau. Cette affirmation calme et digne du principe russe comme axe de notre civilisation, l’orthodoxie comme contenu spirituel, la puissance étatique et impériale comme expression politique de notre messianisme historique – avec les valeurs de miséricorde, d’ouverture, d’universalité, de famille traditionnelle, d’attitude traditionnelle envers les générations – tout cela constitue la vie intérieure de notre peuple. C’est ce qui nous façonne.

C’est bien plus important que la technologie, les ressources, l’économie, le commerce, la finance ou les affaires. Tout cela compte, mais c’est secondaire, instrumental dans la civilisation. Les Russes doivent avoir une économie russe et un système financier russe. Si quelque chose à l’étranger nous plaît – la finance islamique ou d’autres formes de gestion financière –, nous pouvons l’adopter, mais ce doit être notre choix. Si nous voulons, nous prenons; sinon, nous rejetons. Personne ne peut nous imposer quelle monnaie utiliser, avec qui commercer, avec qui être ami ou coopérer. Tout vient d’un seul endroit – du centre de notre âme, du cœur russe.

L’idée d’État-civilisation est une philosophie, une doctrine, une vision du monde, une idéologie – ce que vous voulez. Ce terme unique ouvre un champ immense de significations. Si nous sommes une civilisation indépendante, nous ne sommes pas l’Occident. Et alors, l’Occident perd son universalité, son exclusivité, son monopole, son hégémonie sous toutes ses formes.

On peut prendre du bon à l’Ouest et rejeter le reste. Et personne ne peut dire: «Pourquoi n’adoptez-vous pas les droits de l’homme?». Parce que nous comprenons autrement les droits et l’humain. Voilà pourquoi nous ne suivons pas votre conception. De plus, vos «droits de l’homme» sont une idéologie libérale individualiste à votre service. Nous ne jouons pas ces jeux. Nous avons notre propre vision de l’homme et de ses droits, fondée sur notre tradition orthodoxe et humaniste plus que sur vos idées récentes.

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Autrement dit, nous fixons nous-mêmes nos normes, critères, objectifs, mesures. Voilà ce que signifie être une civilisation. Cela vaut pour tout: éducation, politique, etc. Par exemple, en tant qu’État-civilisation, nous pouvons abolir la démocratie. Les gens s’affolent: «Pourquoi supprimer la démocratie?». Mais nous pourrions ne pas l’abolir… Voyez: on panique, on croit qu’il n’y a pas d’alternative à la démocratie. Pourtant il y en a. C’est une invention ouest-européenne de l’époque moderne, qui fonctionne mal, dégénère, et devient une dictature masquée des élites. Pourquoi y tenir? Ce n’est pas une loi divine, juste une construction humaine.

Ce n’est pas mauvais en soi. Nous avions le système du zemstvo, la zemshchina – des assemblées populaires. Ce type de démocratie nous convient. Quant à la démocratie libérale, nous l’avons déjà rejetée avec le libéralisme, mais nous pouvons en garder certains éléments si nous le voulons. C’est l’essentiel: si nous avons des éléments de démocratie, ce sera parce que nous l’aurons choisi, pas parce qu’on nous l’a imposé. Ce sera une décision réfléchie. Mais pour cela, il faut d’abord comprendre si nous en avons besoin. Peut-être que nous vivrons mieux sans elle. Et si l’on panique – «Non, impossible sans la démocratie!» – on tombe dans le piège.

Sur ce point, les penseurs doivent se réunir en conseil populaire. Peuple russe, voulez-vous la démocratie? Le peuple pourrait dire: «Peu importe, donnez-nous la prospérité, la justice, l’honnêteté, un État fort – à quoi bon la démocratie?». Ou bien: «Non, je veux vraiment la démocratie». Si le peuple le veut, on l’adoptera.

L’essentiel est de comprendre que nous pouvons choisir ou non. Nous ne devons rien à personne. Cela vaut pour les droits de l’homme, la société civile: si nous voulons, nous construisons une grande puissance et choisissons ce que nous voulons. C’est cela, l’État-civilisation: l’autonomie totale. Personne ne peut nous imposer de religion, d’idéologie, de politique, de culture, de science, de normes éducatives – tant que nous, le peuple russe, réfléchissons honnêtement et profondément. Voilà ce que donne la civilisation: la liberté la plus large possible dans l’histoire humaine.

Animateur : Faut-il pour autant l’inscrire dans la loi? Ou cela doit-il rester de l’ordre de la vision du monde? Car tout ce que vous avez dit – et peut-être me trompé-je – me fait penser à une idéologie, or la Constitution l’interdit. Ne faudrait-il pas évoluer?

Alexandre Douguine : Les avis divergent. D’abord, rappelons les conditions de l’adoption de la Constitution: un moment historique particulier. Mais la Constitution n’est pas une loi divine. Les constitutions s’adoptent, changent, s’annulent, se réécrivent, ou un pays peut vivre sans. C’est un phénomène historique, il ne faut pas l’absolutiser.

Oui, l’idéologie d’État est interdite chez nous. Pourtant, jusqu’au début de l’Opération militaire spéciale, nous en avions une. C’était le libéralisme occidental, incarné dans l’économie et la culture: «Soyez individualiste, faites carrière, tournez-vous vers l’Occident – tel est le but». C’était notre idéologie réelle. Formellement interdite, mais dominante.

Aujourd’hui, nous nous en libérons – du libéralisme – et ouvrons un nouvel horizon idéologique. Dans le cadre de l’État-civilisation, chaque idéologie sectorielle a droit de cité, chaque forme politique peut être discutée. L’État-civilisation n’est pas un modèle dogmatique, c’est l’ouverture à tout, sauf à la dictature de l’Occident et au libéralisme imposé.

jeudi, 11 juin 2026

CSIS: L’Amérique pense la double guerre – et l’Europe doit être le second théâtre d’opérations

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CSIS: L’Amérique pense la double guerre – et l’Europe doit être le second théâtre d’opérations

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

Un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) américain marque un tournant stratégique (https://www.csis.org/analysis/wartime-footing-two-front-strategy-confront-china-and-russia). Les États-Unis ne partent visiblement plus du principe qu’ils n’auraient à mener qu’une seule grande guerre, tout en contrôlant, à côté, un conflit régional de moindre ampleur.

La nouvelle hypothèse est la suivante: Washington doit se préparer à deux conflits majeurs simultanés – contre la Chine dans l’Indo-Pacifique et contre la Russie en Europe.

Il ne s’agit pas seulement d’un débat technico-militaire. C’est le signe que l’ordre stratégique postérieur à 1991 touche à sa fin.

Après la chute de l’Union soviétique, la planification américaine reposait essentiellement sur trois postulats:

Premièrement: une grande guerre entre puissances n’aurait plus lieu.

Deuxièmement: les États-Unis pourraient, en cas de crise, augmenter leurs forces à temps.

Troisièmement: la supériorité technologique remplacerait la masse, la profondeur industrielle et la capacité d’endurance.

Or, ces hypothèses ne tiennent plus.

La guerre en Ukraine a montré que les guerres modernes ne se décident pas seulement par la haute technologie, mais aussi par les munitions, les drones, les pièces de rechange, la logistique, la capacité de production et les réserves. En résumé: par la masse et la substance industrielle.

C’est pourquoi le CSIS ne critique pas seulement la Russie ou la Chine. Le véritable destinataire du rapport est aussi l’appareil de sécurité américain lui-même: les achats, l’industrie de l’armement, la planification stratégique.

Le message est le suivant: l’Amérique a de nouveau besoin d’une capacité de pré-guerre permanente.

Pour l’Asie, on envisage une version modernisée du concept «Air-Sea Battle»: missiles, drones, véhicules sous-marins, systèmes de commandement interconnectés – tout cela dans le but d’entraver le plus tôt possible une opération chinoise contre Taïwan.

Pour l’Europe, c’est en fait l’ancienne logique de la «Air-Land Battle» qui est réactivée: en cas de conflit avec la Russie, l’OTAN devrait neutraliser le plus tôt possible la logistique russe, les postes de commandement, l’artillerie et la défense aérienne.

Militairement, cette logique se comprend. Politiquement, elle est très risquée.

Car, face à une puissance nucléaire, toute action en profondeur dès le début signifie: risque d’escalade immédiat.

Mais le point décisif est ailleurs.

Autrefois, les États-Unis pouvaient en grande partie décider eux-mêmes où, quand et dans quelle mesure ils voulaient intervenir militairement. Aujourd’hui, ils doivent compter avec le fait que leurs adversaires leur imposent des conflits – simultanément, dans des zones différentes, avec des moyens différents.

La Chine n’a pas à attendre la fin de la guerre en Ukraine. La Russie n’a pas à attendre la résolution de la crise de Taïwan.

Rien que cette possibilité montre que l’ère de la liberté stratégique incontestée des États-Unis est terminée.

Pour l’Allemagne, ce rapport n’est donc pas une simple étude militaire américaine. C’est un avertissement. Car si Washington pense désormais en termes de double guerre, l’Europe devient automatiquement le théâtre européen de cette stratégie. Et l’Allemagne serait la zone de déploiement, la plaque tournante logistique, le financier et le co-responsable politique.

C’est précisément ici que commence la question des intérêts allemands.

L’Allemagne a besoin de capacités de défense. Mais l’Allemagne n’a pas besoin d’être automatiquement intégrée dans une stratégie mondiale américaine de double conflit.

Nos intérêts résident dans la stabilité européenne, une dissuasion contrôlée, une capacité industrielle d’action et, surtout, dans l’évitement de confrontations directes entre grandes puissances.

La politique de sécurité ne doit pas signifier se laisser entraîner dans une logique permanente de pré-guerre.

La sobriété stratégique signifie: reconnaître les rapports de force, limiter les risques, éviter l’escalade – et ne pas confondre les intérêts allemands avec la stratégie globale américaine.

#geopolitique@global_affairs_byelena

En Italie aussi: un mouvement pour la neutralité exige un changement de cap

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En Italie aussi: un mouvement pour la neutralité exige un changement de cap

Rome. La Première ministre italienne, classée à droite, Giorgia Meloni, avait promis un changement politique lors de sa prise de fonction spectaculaire en octobre 2022. Du moins en matière de politique étrangère, rien de tout cela n’est visible – l’Italie reste un fidèle vassal des États-Unis (où, tout comme en Allemagne, des armes nucléaires américaines sont stationnées), et à propos de l’Ukraine, Rome suit docilement la politique d’escalade de l’Occident. Face à cette situation, la contestation commence à émerger.

Avec le « Comitato Italia Neutrale », une initiative citoyenne s’est formée, visant à instaurer une neutralité permanente du pays et à l’inscrire comme principe constitutionnel.

Les initiateurs se réfèrent à l’article 11 de la Constitution italienne, qui rejette la guerre comme instrument de résolution des différends internationaux. Face à la montée des tensions géopolitiques, il est temps, selon les fondateurs du « Comitato », de renforcer la souveraineté nationale et de se détacher des structures d’alliances militaires.

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La revendication centrale du mouvement est une modification constitutionnelle qui placerait durablement l’Italie en dehors des alliances militaires. Le territoire national devrait également être débarrassé des bases militaires étrangères. À leur place, il faudrait adopter une politique étrangère autonome, fondée sur la médiation, la diplomatie et la consolidation de la paix. Les initiateurs citent en exemples les modèles de neutralité de la Suisse, de l’Autriche et de Malte (qui, cependant, deviennent eux aussi de plus en plus fragiles dans le sillage de la guerre en Ukraine).

Pour concrétiser ce projet, le comité collecte depuis le 10 mai des signatures en vue d’une initiative populaire. Il faut au moins 50.000 soutiens pour qu’un projet de loi correspondant soit examiné au Parlement.

Le mouvement justifie son initiative par la présence militaire croissante dans le pays. Selon eux, il y aurait plus de 120 bases militaires étrangères sur le sol italien. S’y ajoutent l’augmentation des dépenses de défense et la crainte d’être entraîné dans des conflits internationaux.

L’ajout proposé à l’article 11 de la Constitution est le suivant: «L’Italie adopte, pour protéger sa souveraineté et son indépendance, le statut de neutralité permanente vis-à-vis des blocs ou alliances militaires avec d’autres États, sans préjudice du droit légitime à la défense de la nation». Selon les initiateurs, la paix, la sécurité et l’autodétermination politique ne peuvent être garanties par une hausse constante des dépenses militaires, mais uniquement par la neutralité et l’indépendance nationale.

Source: Zu erst, juin 2026.

Un narco-État aux portes de l’Europe: le Maroc

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Un narco-État aux portes de l’Europe: le Maroc

Source: https://mpr21.info/un-narcoestado-a-las-puertas-de-europa...

Le Maroc est le principal fournisseur de drogues de l’Europe et ses réseaux ne se limitent plus depuis longtemps au seul cannabis. Avec 50.000 hectares dans la vallée du Rif et 3000 tonnes par an, le Maroc est le pays qui est en tête dans le monde pour la production et l’exportation de cannabis.

edr25-commentary-thumb.pngLa majeure partie du cannabis marocain à destination de l’Europe transite d’abord par l’Espagne, principal pays de sortie, avant d’être acheminée vers d’autres pays européens. Le rapport «Marché des drogues de l’Union européenne 2025» signale la saisie de 551 tonnes de résine de cannabis ces dernières années lors de plus de 265.000 opérations, le cannabis marocain représentant la majorité des drogues interceptées.

Ce qui a changé, c’est l’ampleur et la nature du trafic. Les réseaux de haschisch du Rif ont servi de base à une diversification vers la cocaïne latino-américaine. Les réseaux de trafic intercontinentaux ont mis en place un système d’échange direct: un kilo de haschisch contre un kilo de cocaïne, un accord jugé économiquement plus avantageux que les paiements en espèces, car il permet d’augmenter considérablement le pouvoir d’achat des organisations criminelles. Ce trafic de haschisch s’est progressivement étendu à la cocaïne, plus lucrative. Les réseaux issus de ce commerce dans les années 1990 opèrent principalement en Belgique et aux Pays-Bas et contrôlent aujourd’hui un tiers du marché européen de la cocaïne.

Le port de Tanger joue un rôle central dans ces réseaux: avec plus de 10 millions de conteneurs traités en 2024, soit une augmentation de près de 20 % en un an, il est devenu le principal port méditerranéen, devant Algésiras. Sa position sur le détroit de Gibraltar lui permet d’accueillir des flux de marchandises provenant de toutes les régions du monde, qui sont ensuite redistribués dans des circuits secondaires difficiles à tracer. Un véritable paradis logistique pour les cartels.

Ce qui distingue le Maroc des autres pays producteurs de drogues, c’est la complicité institutionnelle. Des membres de la Marine marocaine collaborent avec les trafiquants afin d’acheminer des ballots de haschisch vers l’Espagne, un patrouilleur de la Marine royale marocaine ayant même servi de navire-mère pour les vedettes rapides impliquées dans le trafic.

L’Indice mondial de la criminalité organisée 2025 souligne que les bandes criminelles gagnent du terrain au Maroc, avec une croissance particulière des activités liées au trafic de drogues, dont l’impact dépasse largement les frontières marocaines.

dimanche, 07 juin 2026

Groenland. La nouvelle frontière stratégique de l’Arctique

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Groenland. La nouvelle frontière stratégique de l’Arctique

par Daniele Di Vuono 

Source: https://www.notiziegeopolitiche.net/groenlandia-il-nuovo-...

Le Groenland n’est plus seulement une grande île reléguée dans les marges des cartes géographiques. Il est devenu l’un des points où se mesure le retour de la géopolitique dans l’Arctique. Pendant des décennies, il a été perçu comme une périphérie lointaine, froide, peu peuplée et éloignée des centres de décision du monde. Aujourd’hui, il apparaît pour ce qu’il a toujours été: une plateforme stratégique située entre l’Amérique du Nord, l’Atlantique nord et l’Europe.

Le changement ne concerne pas seulement le climat, même si le climat en est l’une des causes profondes. La fonte des glaces, l’ouverture progressive de nouvelles routes, l’accès aux ressources minières et la militarisation croissante du Grand Nord transforment l’Arctique d’un espace extrême en un espace disputé. Dans ce contexte, le Groenland prend une valeur supérieure à son poids démographique ou économique. Sa position suffit à le rendre décisif.

Le point central est géographique. Le Groenland se trouve sur le flanc nord de l’Alliance atlantique, dans une zone qui relie la défense de l’Amérique du Nord à la sécurité de l’Europe. C’est là que transitent des intérêts militaires, des systèmes de surveillance, des routes aériennes, des lignes maritimes et des projections de puissance. Celui qui ne considère le Groenland que comme un territoire autonome du Royaume du Danemark ne voit qu’une partie de la réalité. Celui qui regarde la carte stratégique y voit un seuil de l’Atlantique.

Pour les États-Unis, le Groenland est important car il se trouve sur la trajectoire la plus courte entre le territoire américain et l’espace arctique-eurasiatique. Dans un monde revenu à des logiques de dissuasion, de missiles, de surveillance et de défense avancée, cette position devient essentielle. Ce n’est pas un hasard si Washington continue de considérer l’île comme un élément de sa propre sécurité nationale. L’enjeu n’est plus seulement la présence militaire, mais l’accès opérationnel stable à un espace qui pourrait devenir de plus en plus central dans la compétition entre grandes puissances.

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Pour le Danemark, le Groenland est à la fois une responsabilité, une ressource et une vulnérabilité. Copenhague doit défendre la souveraineté du Royaume, maintenir la relation avec Nuuk, préserver la cohésion avec ses alliés et, en même temps, éviter que l’île ne devienne l’objet de pressions extérieures trop fortes. C’est une position difficile: le Groenland amplifie le poids géopolitique du Danemark bien au-delà de son échelle habituelle, mais expose aussi Copenhague à des tensions qui dépassent largement la dimension danoise.

La question de l’autonomie groenlandaise complique encore la donne. Le Groenland n’est pas un simple avant-poste militaire ni une case vide sur laquelle d’autres peuvent dessiner leurs stratégies. Il a une population, des institutions propres, une identité politique et une trajectoire historique marquée par son rapport avec le Danemark. Le désir d’une plus grande autonomie, et à terme d’indépendance, coexiste avec une réalité matérielle difficile : un territoire immense, des coûts élevés, une dépendance économique et un besoin d’investissements extérieurs. Cela rend l’île plus visible mais aussi plus exposée.

C’est précisément dans cet espace entre autonomie et vulnérabilité que s’insère la compétition internationale. Les États-Unis voient dans le Groenland une garantie stratégique. La Russie considère l’Arctique comme le prolongement naturel de sa profondeur septentrionale, renforcée par des bases, des flottes et des infrastructures le long de ses côtes. La Chine, bien que n’étant pas une puissance arctique au sens géographique, cherche depuis des années un accès, une influence économique, une présence scientifique et une place dans les chaînes minières du Grand Nord. Le Groenland se retrouve donc au centre d’intérêts différents, pas toujours compatibles.

La valeur des ressources contribue à accroître la pression. Terres rares, minerais critiques, graphite, molybdène, énergie, pêche, infrastructures portuaires et aéroportuaires ne sont plus de simples dossiers économiques. Ce sont des éléments de la nouvelle géographie du pouvoir. Les transitions énergétiques et technologiques ont rendu stratégiques des matériaux autrefois confinés aux relations industrielles. Qui contrôle l’accès aux ressources critiques contrôle aussi une partie de la capacité productive future. C’est aussi pour cette raison que le Groenland intéresse Washington, Bruxelles et Pékin.

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Mais la partie ne se limite pas aux ressources. Le vrai nœud, c’est la transformation de l’Arctique en un espace militaire et logistique. Longtemps, le Grand Nord a été présenté comme une région de coopération scientifique, d’équilibres délicats et de gouvernance multilatérale. La guerre en Ukraine a changé cela aussi. La confiance envers Moscou s’est réduite, l’OTAN porte une attention accrue au flanc nord, la Finlande et la Suède ont modifié l’architecture de sécurité européenne et l’Arctique est entré dans une phase moins coopérative et plus stratégique.

Dans ce contexte, le Groenland devient un test pour l’OTAN. Non seulement parce qu’il s’agit de la défense de l’Atlantique Nord, mais aussi parce que cela met à l’épreuve la relation entre alliés. Lorsque la sécurité d’une grande puissance rencontre la souveraineté d’un allié plus petit, l’équilibre de l’Alliance devient plus délicat. La défense collective ne peut se transformer en pression asymétrique. Si cela arrivait, le problème ne serait pas seulement groenlandais ou danois: il concernerait la crédibilité politique de l’ensemble du système atlantique.

Pour l’Europe, la question est encore plus large. L’Union européenne parle de plus en plus d’autonomie stratégique, de sécurité des chaînes d’approvisionnement et de défense de ses intérêts. Mais le Groenland montre à quel point il est difficile de traduire ces formules en capacités réelles. L’Arctique est proche de l’Europe, concerne directement un pays membre de l’Union comme le Danemark, même s’il s’agit d’un territoire qui n’est pas dans l’UE, et touche des ressources critiques et la sécurité militaire. Pourtant, le centre de gravité de la discussion reste souvent entre Washington, Copenhague et Nuuk.

Le Groenland illustre ainsi l’une des contradictions du présent européen: l’Europe est impliquée dans presque tous les dossiers décisifs, mais elle en détermine rarement seule la trajectoire. En Méditerranée, elle subit les crises d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Au Sahel, elle enregistre les effets de sa perte d’influence. Dans l’Arctique, elle risque d’observer une partie stratégique qui se joue sur son propre flanc nord. La distance géographique ne suffit plus à définir la distance politique.

L’avenir de l’île dépendra de la capacité à maintenir ensemble trois dimensions : la sécurité occidentale, la souveraineté danoise et le droit des Groenlandais à décider de leur propre destin. Si l’une de ces dimensions écrase les autres, le Groenland deviendra une fracture. Si, au contraire, elles sont intégrées, il pourra devenir un espace d’équilibre dans un Arctique de plus en plus compétitif.

La grande île blanche, longtemps restée aux marges de l’histoire visible, est revenue au centre de la carte. Non parce que sa position a changé, mais parce que le monde autour d’elle a changé. Et lorsqu’une périphérie devient indispensable, elle cesse d’être une périphérie : elle devient une frontière stratégique.

Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

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Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

Thomas Röper

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/warum-deutschlands-kandidatu...

Le Sud global a présenté à l’Allemagne l’addition pour la politique qu'elle a pratiquée au cours de ces dernières années. Trois États européens se sont portés candidats pour deux sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. L’Allemagne a été sanctionnée et les sièges sont revenus à l’Autriche et au Portugal.

Le Conseil de sécurité de l’ONU compte, en plus des cinq membres permanents que sont la Chine, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis, dix membres non permanents, dont les sièges sont répartis entre les groupes régionaux de l’ONU. L’Afrique a droit à trois sièges, les États d’Asie et du Pacifique, les États d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que le groupe des États d’Europe occidentale et autres, ont chacun deux sièges, et l’Europe de l’Est en a un. Chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU élit cinq membres non permanents pour une durée de deux ans.

Mercredi avait lieu l’élection pour les années 2027/2028, au cours de laquelle les deux sièges d’Europe occidentale étaient à pourvoir. Les candidats étaient l’Autriche, le Portugal et l’Allemagne.

L’arrogance allemande

Pour le gouvernement fédéral, il s’agissait d’un projet qui lui tenait à cœur: retrouver un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Der Spiegel rapportait par exemple que le ministre des Affaires étrangères Wadephul s’était rendu spécialement à New York pour une semaine afin de faire campagne pour l’Allemagne. Et même dans Der Spiegel, on trouvait une pointe d’autocritique au sujet des chances de succès de la candidature allemande :

«Autrefois, une candidature allemande allait de soi, ne serait-ce qu’en raison de la grande aide au développement apportée par la République fédérale. Cela a changé. La candidature tardive n’est pas le seul problème. La politique allemande au Proche-Orient et envers la Russie pourrait également porter préjudice au gouvernement».

C’est formulé très poliment, car à part les quelque 50 États de l’ancien “Occident collectif”, aucun pays au monde ne soutient la politique anti-russe et pro-ukrainienne dont l’Allemagne est l’un des principaux moteurs. Contrairement à ce qu’affirment les médias et politiciens allemands, la Russie n'est pas isolée internationalement. Ce sont, comme je l’ai déjà souvent souligné, les promoteurs de la politique anti-russe qui se sont isolés sur la scène internationale. Et le fait que le soutien inconditionnel de l’Allemagne au génocide israélien à Gaza et à ses guerres au Proche-Orient soit ouvertement rejeté par le Sud global ne devrait surprendre que ceux qui ne s’informent que par le Tagesschau.

wm-2022-deutschland-japan.jpegS’ajoute à cela l’arrogance avec laquelle les politiciens allemands veulent imposer leurs “valeurs” au monde entier, à commencer par toute la question LGBT, etc., ce qui, dans le reste du monde où la propagande LGBT n’est pas présente depuis des années dans les manuels scolaires, est très mal perçu. Il suffit de se souvenir de l’intervention de Nancy Faeser avec son brassard LGBT lors de la Coupe du monde au Qatar (photo), qui a provoqué de l’incompréhension et des réactions négatives dans le monde entier.

La “défaite historique”

La “défaite historique” lors de l’élection au Conseil de sécurité de l’ONU est la juste sanction de cette arrogance et de cette hypocrisie qui caractérisent la politique allemande depuis des années. Lors du vote, l’Allemagne a été éliminée dès le premier tour, le Portugal obtenant 134 voix, l’Autriche 131 et l’Allemagne seulement 104.

L’expression “défaite historique” n’est pas de moi, mais du Handelsblatt, qui titrait après le désastre: “Conseil de sécurité de l’ONU – Comment l’Allemagne en est arrivée à sa défaite historique” et écrivait en chapeau de son article :

    “Depuis 2019, Berlin a fait campagne auprès de 191 pays pour obtenir des voix. Mais cela ne suffit pas pour un siège au Conseil de sécurité. Lorsqu’on cherche des raisons, deux noms de pays reviennent aussi : Israël et la Russie.”

L’échec porte un nom

imago0202627441h.jpgL’arrogance allemande n’a pas commencé à déranger le monde en 2022 seulement, mais déjà sous Merkel, qui avait envoyé son proche collaborateur Christoph Heusgen (photo) en tant qu’ambassadeur allemand à l’ONU. Heusgen s’est illustré par son arrogance et sa suffisance, et s’est mis à dos de nombreux pays et représentants.

J’avais déjà écrit en 2022 que la candidature allemande à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU était vouée à l’échec. Et l’une des raisons principales en est Heusgen, car il n’est pas seulement arrogant, il ment aussi effrontément (cf. https://web.archive.org/web/20240226181643/https://anti-spiegel.ru/2022/christoph-heusgen-so-dreist-luegen-nur-wenige/).

Je l’ai démontré dans un article à propos d’une interview que Heusgen avait accordée début 2022, avant même l’escalade en Ukraine. Le public allemand, maintenu dans l’ignorance par les médias traditionnels, ne remarque pas ses mensonges, mais sur la scène internationale, les gens et les responsables sont mieux informés, et Heusgen n’a suscité que des hochements de tête.

Heusgen s’est fait à l’ONU autant d’ennemis que peu d’autres auparavant. Ce n’était même pas le fait que l’Allemagne ait parfois une opinion différente sur certains sujets – ce qui est normal. C’est son attitude arrogante et irrespectueuse qui lui a valu des ennemis et a gravement nui à la réputation de l’Allemagne dans le monde.

Lorsque Heusgen a quitté l’ONU, il lui a été clairement signifié ce que l’on pensait de lui là-bas. À ma connaissance, aucun diplomate n’a été congédié avec de tels propos.

Pour les Chinois, la politesse est, de par leur culture, très importante, et il est essentiel pour eux que même les adversaires puissent “sauver la face”. C’est donc un fait unique que Heusgen ait été salué par l’ambassadeur chinois à l’ONU par ces mots :

    “Heureux de nous débarrasser de vous”

L’ambassadeur russe à l’ONU a été un peu plus poli, disant à Heusgen à cette occasion :

    “Quel dommage que vous partiez enfin”

J’ai déjà relaté les “exploits” de Heusgen à l’ONU qui ont sans doute joué un rôle important dans l’élection actuelle, des articles avec détails sont à retrouver ici : https://web.archive.org/web/20240414135827/https://www.anti-spiegel.ru/2020/deutschlands-hoffnungen-auf-einen-staendigen-sitz-im-uno-sicherheitsrat-sind-zerstoben/ ; et ici: https://web.archive.org/web/20240505165513/https://anti-spiegel.ru/2020/deutscher-uno-botschafter-christoph-heusgen-der-diplomatische-supergau/ ).

Nord Stream: le récit officiel vacille

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Nord Stream: le récit officiel vacille

Par Ilia Ryvkin

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/nord-stream-die-...

De nouvelles enquêtes et des analyses techniques remettent en question les hypothèses centrales autour du sabotage de Nord Stream. Ilia Ryvkin s'interroge sur les acteurs potentiellement impliqués et sur les intérêts géopolitiques qui pourraient se cacher derrière l’attentat.

Les explosions des gazoducs Nord Stream en septembre 2022 comptent encore aujourd’hui parmi les actes de sabotage les plus lourds de conséquences dans l’histoire européenne récente.

En quelques secondes, Nord Stream s’est transformé en un effondrement physique de vagues de pression et de masses de gaz montant à la surface. L’explosif n’a d’abord ouvert la paroi du tuyau qu’à un endroit localisé. Puis, la pression interne pouvant aller jusqu’à 165 bars s’est déchaînée: le gaz s’est échappé dans la mer à la vitesse du son, d’énormes bulles sont remontées à la surface et le pipeline a été soulevé du fond marin. Il s’en est suivi une cascade de dommages mécaniques. Sur Nord Stream 1, environ 282 et 249 mètres de tuyau ont été détruits sur deux tronçons. Ce qui importe, c’est la comparaison avec Nord Stream 2 : là, une conduite est restée largement intacte, car la pression, après une première fuite, était déjà tombée à environ 35 bars.

L’enquête technique d’Erik Andersson

La reconstitution de l’ingénieur suédois Erik Andersson se distingue de la plupart des autres analyses concernant Nord Stream par son approche purement technique. Andersson a organisé ses propres expéditions sur les lieux des explosions en mer Baltique et a analysé les segments de tuyaux déformés, les schémas de rupture et la dynamique des gaz lors des détonations. Ses travaux se situent au croisement de l’ingénierie, de l’OSINT et de l’analyse géopolitique.

Il a présenté les résultats de ses recherches récemment au Bundestag, sur invitation du groupe parlementaire AfD. Le mot d’introduction et la modération étaient assurés par le porte-parole aux affaires économiques Leif-Erik Holm et le porte-parole à la politique énergétique Steffen Kotré. Près de quatre ans après les explosions des pipelines Nord Stream, l’affaire est officiellement toujours qualifiée d’« inexpliquée ». C’est précisément là que réside aujourd’hui sa vraie fonction politique. La vérité est maintenue dans un état d’incertitude permanente, car trop de certitudes géopolitiques occidentales seraient remises en cause si l’on tirait publiquement les conséquences des révélations existantes.

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Le procès de Londres et la question ouverte des auteurs

Un procès à Londres offre désormais une rare occasion de faire le point. Nord Stream AG a porté plainte devant la High Court contre ses assureurs, et en premier lieu contre Lloyd’s of London. Le montant du litige s’élève à 580 millions d’euros. Il n’est pas question ici d’identifier les auteurs, mais de savoir si le sabotage est couvert par l’assurance.

Dans des mémoires publiés juste avant le début du procès, Lloyd’s résume les avis de divers experts géopolitiques sollicités par les parties. La liste des auteurs encore envisagés est particulièrement révélatrice : des acteurs étatiques russes, des acteurs étatiques ukrainiens, des acteurs non étatiques ukrainiens ou des acteurs étatiques américains, seuls ou de concert avec l’Ukraine. Cette construction permet à Lloyd’s d’éviter la question centrale de la responsabilité. Les parties défenderesses n’ont pas à prouver qui a fait sauter Nord Stream. Il leur suffit que chacune de ces quatre variantes soit couverte par l’exclusion de guerre de l’assurance. La question décisive est donc : ces quatre alternatives sont-elles encore toutes aussi crédibles après trois ans et demi d’enquêtes, de fuites et de nouvelles révélations ?

Pourquoi la piste russe perd en crédibilité

Les enquêteurs suédois comme allemands ont examiné la piste russe et n’ont trouvé aucune preuve d’une implication de Moscou. Pourtant, pendant des mois, le récit selon lequel la Russie aurait fait sauter son propre gazoduc a dominé. De nombreux responsables politiques occidentaux se sont exprimés de manière à renforcer cette impression auprès du public. Même lorsque les enquêteurs allemands suivaient depuis longtemps la piste ukrainienne, Berlin maintenait la possibilité que la mission Andromeda ait été une opération russe sous fausse bannière.

Le problème de cette hypothèse a toujours été son absence de preuves. Aucun enquêteur sérieux n’a jamais présenté d’hypothèse solide expliquant la culpabilité russe de manière technique ou opérationnelle. Ce récit s’est maintenu essentiellement parce qu’il reposait sur un mobile apparemment évident : la Russie aurait utilisé le pipeline comme outil de chantage énergétique et aurait donc eu intérêt à le détruire.

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L’affaire des turbines et le mobile du sabotage

La réduction des livraisons de gaz via Nord Stream 1 à l’été 2022 a été avancée comme preuve majeure. Mais à y regarder de plus près, cet argument s’effondre. L’origine de la crise n’était pas un sabotage russe, mais un différend lié aux sanctions concernant une turbine Siemens retenue au Canada. Le gouvernement ukrainien s’est ouvertement opposé au retour de la turbine. Dans le même temps, le gouvernement allemand a mis en scène l’incident comme preuve de l’irrégularité russe. Le chancelier Olaf Scholz a posé devant la turbine, affirmant qu’aucun obstacle juridique ne s’opposait à son retour.

Du point de vue de Moscou, cette mise en scène devait apparaître comme un pur cynisme. Car les mêmes États qui imposaient des sanctions déclaraient publiquement que Nord Stream devait disparaître. Victoria Nuland avait annoncé que le pipeline serait « d’une manière ou d’une autre » arrêté. Le président américain Joe Biden a promis quelques semaines avant le début de la guerre: « We will put an end to it. » Le message était clair: si la pression économique ne suffisait pas, d’autres moyens seraient utilisés.

Lorsque Zelensky a qualifié le retour de la turbine Siemens en Russie d’« inacceptable », il savait déjà, selon les informations disponibles, que Kiev prévoyait de détruire Nord Stream. Le plan initial aurait été validé dès juin. Selon le Wall Street Journal, le commandant en chef ukrainien lui aurait même expliqué que l’opération était irréversible.

La Russie, coupable désignée d’avance ?

Une question gênante se pose : la désignation ultérieure de la Russie comme responsable était-elle déjà prévue quand Zelensky critiquait publiquement Moscou ? Cela y ressemble. Moscou devait être prêt à être accusé avant même que l’acte ne soit commis. Et peut-être que la colère de Kiev ne s’adressait pas seulement à la Russie, mais aussi à Berlin, qui, par une exception au régime de sanctions, permettait la poursuite du gazoduc. Le navire de recherche russe « Sibiryakov » a été présenté dans le documentaire scandinave « Skyggekrigen » en 2023 comme une sorte de témoin clé pour la thèse russe. Le navire croisait dans la zone avant les explosions, pouvait réaliser des opérations sous-marines et fut présenté comme suspect idéal à grand renfort de musique dramatique et d’images suggestives.

Mais les enquêtes publiées par Bojan Pancevski dressent un tout autre tableau. Selon elles, le projet ukrainien « Diameter » était déjà en cours à ce moment-là. Un agent du renseignement suédois (SÄPO) aurait aidé à acquérir le voilier d’où les premières attaques auraient dû être menées dès juin. Selon cette version, le « Sibiryakov » n’était pas l’auteur, mais peut-être le gardien involontaire, censé protéger le pipeline contre un plan d’attentat ukrainien déjà connu.

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L’Andromeda et la direction officielle de l’enquête

Les événements des 21 et 22 septembre sont encore plus explosifs. Alors que l’Andromeda entrait dans la phase finale de l’opération, des navires de guerre danois et suédois ont repoussé une flottille russe hors de la zone d’opération. Plus tard, des photos de ces navires russes ont été présentées comme indices d’une implication russe. Que ces mêmes unités de l’OTAN avaient croisé, juste avant, la route des véritables saboteurs présumés est passé quasiment inaperçu.

L’histoire du voilier Andromeda a longtemps été considérée comme la note de bas de page la plus absurde du dossier Nord Stream : quelques plongeurs amateurs ukrainiens, un voilier loué, des explosifs artisanaux fabriqués à partir de bouteilles de plongée et une plongée à 80 mètres de profondeur. Un scénario de film. Pourtant, c’est précisément cette histoire qui constitue aujourd’hui le cœur des enquêtes allemandes. Au centre, l’officier du SBU ukrainien Serhii Kuzniezov, actuellement détenu en Allemagne en attente de son procès. Le parquet fédéral lui reproche d’avoir dirigé l’opération depuis l’Andromeda. Des mandats d’arrêt européens ont été émis contre tout l’équipage. La Cour fédérale de justice a déclaré officiellement que le groupe avait « très probablement » agi pour le compte de l’État ukrainien.

Le rôle de Kiev et la question d’un appui extérieur

Les grands médias suivent désormais aussi cette version. En particulier, le journaliste du Wall Street Journal Bojan Pancevski décrit une opération pilotée par l’État. Un général ukrainien de haut rang aurait dirigé la mission, en aurait rendu compte directement au chef d’état-major Zaloujny et obtenu l’aval du président Zelensky. L’enquête allemande s’oriente donc désormais clairement vers un scénario: Nord Stream serait le fait d’acteurs étatiques ukrainiens. Ainsi, la thèse des « acteurs isolés » s’effondre également. Plus personne ne croit sérieusement à un groupe d’amateurs autonomes. La question n’est plus vraiment de savoir si l’Ukraine était impliquée, mais si elle a pu agir seule.

Beaucoup d’observateurs voient donc dans l’histoire des plongeurs amateurs une diversion face au contexte géopolitique réel. Car même si l’équipage de l’Andromeda a effectivement posé les bombes, cela n’explique pas la question essentielle : quelle est la probabilité qu’un pays comme l’Ukraine détruise de son propre chef la plus importante connexion énergétique de l’Allemagne avec la Russie, sans l’appui d’une grande puissance ?

America First ?

Intéressante, dans ce contexte, est l’histoire des hommes qui, selon Pancevski, auraient été derrière l’opération. L’ancien chef du HUR Vassyl Bourba, qui aurait pour la première fois proposé l’idée de faire sauter Nord Stream au sein des structures spéciales ukrainiennes, entretenait des liens étroits avec la CIA. Après son limogeage, la partie américaine a même financé sa voiture de service blindée. De même, Roman Chervinsky, coordinateur opérationnel du sabotage, entretenait selon Pancevski des liens étroits avec les services de renseignement américains. Dans ce contexte, l’hypothèse d’une opération purement ukrainienne paraît de plus en plus aventureuse. Bourba et Chervinsky savaient parfaitement que Nord Stream figurait depuis des années sur la « liste noire » de cercles influents à Washington. Ils savaient aussi qu’une opération réussie ne provoquerait guère d’indignation, mais plutôt des applaudissements.

De nombreux analystes partent donc du principe que Washington était au moins informé. D’autres soupçonnent un soutien plus concret et considèrent l’Andromeda comme une simple façade opérationnelle. Erik Andersson ne s’aventure pas dans ces spéculations. Il exige en revanche quelque chose de plus radical : des preuves techniques. Si la version allemande est exacte, on devrait retrouver sur place des traces des bombes artisanales à base de bouteilles de plongée. À ce jour, de telles preuves n’ont jamais été rendues publiques.

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Nord Stream comme projet géopolitique clé

Pour Andersson, l’explication se trouve de toute façon à un niveau supérieur. Le sabotage de Nord Stream s’inscrit dans un schéma géopolitique bien antérieur à la guerre en Ukraine. Derrière, il y a la stratégie poursuivie depuis des décennies visant à empêcher un axe énergétique et économique germano-russe. De la théorie du Heartland de Mackinder à l’« Echiquier mondial » de Brzeziński en passant par l’avertissement célèbre de George Friedman contre une alliance entre l’Allemagne et la Russie, la même idée se retrouve : le plus grand danger pour la suprématie américaine serait un bloc eurasiatique alliant la technologie allemande aux ressources russes. Nord Stream était l’incarnation matérielle de cette union.

Une Europe véritablement souveraine aurait exigé un éclaircissement immédiat après une telle attaque. Les gazoducs auraient été réparés. De lourdes conséquences diplomatiques auraient suivi. C’est l’inverse qui s’est produit : silence, délais, confusion médiatique et une étonnante retenue envers Washington. Il faut aussi mentionner un point rarement abordé. Selon plusieurs rapports, les États-Unis et certains États nordiques membres de l’OTAN ont refusé aux enquêteurs allemands l’accès à des données cruciales : enregistrements sonar, profils de mouvements de navires et avions militaires, ainsi que des données de communication. Une attitude qui ne correspond guère à celle d’acteurs totalement non impliqués.

La portée politique d’un éclaircissement total

L’explosion des pipelines n’a pas seulement détruit des infrastructures au fond de la mer Baltique. Elle a aussi anéanti la dernière illusion selon laquelle l’Allemagne pourrait à la fois coopérer économiquement avec la Russie et rester totalement intégrée dans la structure sécuritaire américaine. Remarquables furent les questions et commentaires du public après la conférence d’Erik Andersson. Un participant, qui s’est présenté comme plongeur, a émis de sérieux doutes sur la réalisation d’une opération d’une telle complexité à quelque 80 mètres de profondeur depuis un petit voilier. C’était la faiblesse centrale du récit Andromeda qui était ainsi pointée.

À la fin, le débat est revenu à la question des responsabilités politiques. Un membre du public a demandé si une éventuelle participation de l’AfD à un futur gouvernement conduirait à la présentation de demandes d’indemnisation contre les États responsables du sabotage et des dégâts occasionnés. La réponse fut claire : oui. Et à la question de savoir ce qu’il adviendrait si, finalement, les États-Unis étaient identifiés comme responsables, la réplique la plus sèche de la soirée est tombée : « D’autant plus. Là, il y aurait vraiment de quoi récupérer. » Peut-être est-ce précisément ce qui explique la nervosité persistante autour de Nord Stream. Car une clarification complète ne désignerait pas seulement les coupables. Elle révèlerait la réalité des rapports de force à l’intérieur de l’Occident.

samedi, 06 juin 2026

Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

Alexander Neu

Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=151434

La région de la mer Baltique est actuellement considérée par les experts en sécurité comme la zone de conflit potentiellement la plus explosive, entre l’OTAN et la Fédération de Russie. Une multitude de facteurs de conflit se concentrent dans cette région. Déjà en octobre 2025, j’avais publié sur les NachDenkSeiten un article sur le foyer de tension qu’est la région de la Baltique. Depuis lors, la situation dans cette zone s’est encore aggravée. Il y a quelques jours, j’ai visité la région frontalière entre la Pologne et la Russie. Un silence fantomatique, très peu de trafic transfrontalier avec de longs temps d’attente. L’expression «le calme avant la tempête» m’est venue à l’esprit. Dans ce qui suit, certains de ces conflits potentiels sont esquissés. 

Le terme «région de la mer Baltique» ne doit pas être limité uniquement à la mer elle-même, mais il faut aussi inclure les zones rurales bien au-delà du littoral des États riverains, car ce n’est qu’ainsi que l’on peut saisir l’ensemble des potentiels de conflit.

Données géopolitiques

La mer Baltique est appelée « Ostsee » en allemand. Il s’agit d’une mer intérieure pratiquement fermée, d’une superficie d’environ 413.000 kilomètres carrés et à faible salinité. Le littoral mesure environ 8000 kilomètres. Désormais, à l’exception de la Fédération de Russie, tous les États riverains de la Baltique sont membres de l’OTAN: Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Allemagne. La Russie ne possède que deux accès maritimes, l’enclave de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Ainsi, environ 7340 kilomètres de côtes appartiennent aux pays de l’OTAN et environ 660 kilomètres à la Russie.

Par conséquent, l’OTAN contrôle environ 92% du littoral et la Russie à peine 8%. Le seul accès à l’Atlantique sont les détroits au Danemark et entre le Danemark et la Suède (Grand et Petit Belt et l’Øresund). Le Danemark et la Suède, donc l’OTAN, contrôlent également ces points de passage. De fait, la mer Baltique est devenue, dans le contexte de l’élargissement de l’OTAN à l’est, une « mer de l’OTAN ». Le changement d’influence est manifeste lorsqu’on se rappelle que, lors de la confrontation Est-Ouest, la région baltique était quasiment une mer du Pacte de Varsovie dirigé par l’URSS. Les États riverains du bloc soviétique étaient: la RDA, la Pologne et l’URSS – les trois États baltes, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, faisant partie de l’URSS. Ainsi, la partie sud et est de la Baltique était sous contrôle soviétique. Le nord était neutre, en raison de la neutralité officielle de la Finlande et de la Suède. Seule la partie la plus occidentale était bordée par la RFA et le Danemark.

L’accès stratégique aux deux côtes russes, depuis la fin de la Guerre froide et l’élargissement massif de l’OTAN, n'est plus particulièrement avantageux.

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Saint-Pétersbourg

La position géographique de Saint-Pétersbourg, autrefois stratégique, s’est transformée en un piège, surtout avec l’élargissement de l’OTAN aux États baltes et à la Finlande:

Saint-Pétersbourg se trouve à l’extrémité orientale du golfe de Finlande, long d’environ 400 kilomètres. L’accès est contrôlé au nord par la Finlande et au sud par l’Estonie, donc par l’OTAN. La distance entre les deux rives varie de 40 à 120 kilomètres. Là où les rives du golfe deviennent territoire russe, le golfe se rétrécit en un chenal sur lequel est située Saint-Pétersbourg.

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Ainsi, le golfe de Finlande, avec les rives contrôlées par l’OTAN, est en partie sous la juridiction exclusive de la Finlande et de l’Estonie. Cela signifie que pour naviguer, il faut traverser par endroits des «eaux territoriales de l’OTAN». Une sortie de la marine russe du golfe de Finlande pourrait être empêchée militairement en cas de guerre.

La flotte baltique de la Fédération de Russie, en majeure partie stationnée à Kaliningrad, ne pourrait probablement pas quitter la Baltique en cas de conflit, compte tenu des détroits danois, sans être détruite par l’OTAN. La situation stratégique de Kaliningrad n’est guère plus favorable.

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L’OTAN et le « défi » de Kaliningrad

L’exclave de Kaliningrad est le poste avancé le plus occidental de la Fédération de Russie. Il s’agit d’un territoire relativement petit (environ 15.000 kilomètres carrés), séparé du territoire russe par la Lituanie (exclave). Les lignes d’approvisionnement par rail et par route peuvent être coupées par la Lituanie et la Pologne, et celles par mer ou par avion via Saint-Pétersbourg peuvent également être coupées par l’OTAN. Ce fait rend déjà la région de Kaliningrad dépendante du bon vouloir des pays de transit. Mais lorsque la Lituanie a rejoint l’OTAN et l’UE, la position géographique de Kaliningrad est devenue un « défi » pour l’OTAN.

« Au milieu » de la zone OTAN se trouve une exclave russe, donc ennemie – un porte-avions insubmersible. C’est aussi là que se trouve la flotte de la Baltique de la Fédération de Russie. L’existence de cette exclave russe pose désormais problème à l’OTAN. Pour bien comprendre la chronologie, et donc l’argumentation inhabituelle: l’exclave russe de Kaliningrad existe depuis 1991. Auparavant, toute la région était soviétique. L’élargissement de l’OTAN aux États baltes, donc à la Lituanie, a eu lieu en 2004. Désormais, l’OTAN, qui s’est avancée vers l’est, déclare l’existence de l’exclave comme un problème de sécurité – une logique singulière: là où se trouve l’OTAN, les autres acteurs sont un problème de sécurité.

Dans le contexte de la situation tendue, le commandant suprême américain pour l’Europe et l’Afrique, le général Christopher T. Donahue, a déclaré en juillet 2025 que l’OTAN était en mesure de «détruire Kaliningrad plus rapidement que jamais, depuis la terre ferme, et dans un délai jamais atteint. Nous l’avons déjà planifié et développé» (par “développé”, il faut comprendre planifié).

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Budrys, a même récemment réclamé, dans une interview au NZZ et peut-être inspiré par les propos du général Donahue, la nécessité d’une attaque de l’OTAN sur Kaliningrad:

«Nous devons montrer aux Russes que nous pouvons pénétrer dans la petite forteresse qu’ils ont construite à Kaliningrad. L’OTAN a les moyens de détruire les bases de défense aérienne et les systèmes de missiles russes qui s’y trouvent, si nécessaire».

Relations difficiles – États baltes et Russie

Il est étonnant, voire inquiétant, de constater avec quelle légèreté une guerre avec la Russie est évoquée. Ce sont précisément les États baltes qui se distinguent par une attitude belliqueuse, comme s’ils étaient en toutes circonstances protégés par l’OTAN. Les survols de drones ukrainiens dans l’espace aérien balte en direction de Saint-Pétersbourg et la région de Leningrad élèvent les tensions à un nouveau niveau. Qu’il s’agisse de survols simplement tolérés ou peu critiqués, ou même de drones lancés depuis le sol balte, je l’ignore. Il est cependant remarquable qu’il serait déjà une prouesse technique que des drones à longue portée puissent partir d’Ukraine, traverser l’espace aérien polonais et balte, puis attaquer des infrastructures énergétiques dans le nord de la Russie. Quoi qu’il en soit, à Moscou, la pression sur le président Poutine augmente pour tenir les Baltes pour responsables de l’utilisation (selon Moscou) de leur espace aérien par l’Ukraine.

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Du point de vue du droit international, il faut noter que le statut de neutralité d’un État n’est plus garanti s’il permet ou tolère que son territoire – y compris son espace aérien – soit utilisé par des forces militaires étrangères, facilitant ainsi leur projection de puissance ou la rendant simplement possible. L’État « hôte » ne peut plus invoquer son statut de neutralité, il devient de fait partie au conflit, à moins qu’il n’empêche ou ne tente sérieusement d’empêcher une utilisation militaire de son territoire. Cela semble avoir été compris à Bruxelles, au sein de l’OTAN. Récemment, un drone ukrainien a été abattu par un avion de chasse de l’OTAN dans l’espace aérien estonien, preuve que l’OTAN est bien consciente du risque d’escalade majeure.

hqanli720.jpgLe politologue américain reconnu et spécialiste de l’Europe de l’Est au Quincy Institute for Responsible Statecraft, Anatol Lieven (photo), a récemment publié un appel intitulé: «Washington doit agir pour désamorcer la poudrière balte». Le célèbre économiste américain Jeffrey Sachs a également écrit il y a quelques jours une lettre ouverte au chancelier allemand Friedrich Merz, appelant à une action pour éviter une guerre européenne. Cette lettre a été publiée dans la Berliner Zeitung et mérite d’être lue. Dans le même temps, le vice-président du Conseil de sécurité russe et ancien président de la Fédération de Russie a déclaré le 29 mai sur X que l’Europe était désormais en guerre avec la Russie et que les sociétés européennes ne devraient pas être surprises par des frappes:

«Citoyens des pays de l’UE: vous devez comprendre que vos gouvernements ont unilatéralement commencé une guerre avec la Russie. Soyez donc vigilants et ne soyez surpris de rien. Le sommeil paisible est terminé. Mais vous savez à qui demander pourquoi!».

Les États baltes, en tant qu’États frontaliers, prennent un risque énorme pour eux-mêmes et pour toute l’Europe avec la voie suivie jusqu’ici: ce sont eux qui, en cas de guerre, seraient probablement les premiers détruits. Un regard lucide – libre de tout dogmatisme idéologique – sur une carte de l’Europe de l’Est pourrait déjà aider à évaluer correctement leur propre situation.

Tout en comprenant les expériences historiques négatives des Baltes avec Moscou, il faut nommer trois faits que les États baltes devraient aussi reconnaître et traiter, afin de réduire la tension:

Premièrement: en tant que voisins extrêmement petits et faibles, Tallinn, Riga et Vilnius devraient s’efforcer d’au moins maintenir une coexistence pacifique avec Moscou, et non de provoquer la Russie à chaque occasion, impliquant ainsi l’OTAN et surtout les Européens dans une guerre avec la Russie.

En outre: il n’est pas certain que les États-Unis entreraient en guerre mondiale pour les États baltes. Et il n’est pas non plus certain que les autres pays européens membres de l’OTAN – à l’exception de l’Allemagne, de la Pologne, et peut-être du Royaume-Uni et de la France – suivraient ce chemin désastreux. Les parallèles historiques sont évidents: en 1939, la Pologne comptait sur le soutien de Paris et Londres – et fut abandonnée. Hormis les déclarations de guerre formelles de la France et du Royaume-Uni le 3 septembre contre l’Allemagne nazie, il s’est passé très peu de choses en termes d’opérations militaires – la Pologne était littéralement laissée à elle-même.

Deuxièmement: les trois États baltes ont aussi un passé peu glorieux de collaboration avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, les vétérans baltes de la SS sont célébrés et honorés. Cela devrait soulever des questions en Europe de l’Ouest, au lieu de fermer les yeux sur la nostalgie nazie. Quelle image de l’histoire diffuse-t-on ainsi dans l’UE? De plus, le droit de la citoyenneté et de la langue en Lettonie et en Estonie exclut, au lieu d’intégrer, les minorités russes qui y vivent. Une politique d’intégration intelligente rendrait caduque, du moins dans les pays baltes, l’argumentation russe selon laquelle la Russie doit protéger les Russes de l’étranger, même par la force.

Troisièmement: malgré toutes les craintes, fondées ou non, d’une nouvelle invasion russe, il ne faut pas oublier que l’Union soviétique a retiré ses forces de sécurité en 1990-91 des pays baltes, alors encore soviétiques, ainsi que dans les années suivantes de tous les autres anciens «pays frères» d’Europe de l’Est. Ce geste aurait pu être compris de la part des Baltes comme une main tendue à la réconciliation – cela aurait du moins valu la peine d’essayer.

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Le corridor de Suwałki

Le corridor de Suwałki désigne la région géographique entre la Biélorussie et l’enclave de Kaliningrad, sur une centaine de kilomètres. Les deux États membres de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie, y sont voisins. Le terme «corridor de Suwałki» vient de la ville polonaise de Suwałki. Les experts estiment qu’en cas de conflit, la Russie chercherait à contrôler ce corridor, c’est-à-dire à établir une liaison terrestre entre Kaliningrad et la Biélorussie alliée, afin d’assurer une connexion logistique avec Kaliningrad. Fermer le corridor signifierait, logiquement, la création d’un nouveau « corridor de Suwałki », à savoir la séparation physique entre la Lituanie et la Pologne. Cela couperait la liaison terrestre entre les États baltes membres de l’OTAN et le reste de l’OTAN en Europe. Pour les deux camps, le corridor de Suwałki, dans l’une ou l’autre version, est une option stratégiquement peu acceptable.

Dans ce contexte, seule une démilitarisation verbale et matérielle de la région, ainsi qu’une libre circulation par rail et par route entre la Biélorussie/Russie et l’enclave de Kaliningrad, pourraient garantir une stabilité minimale, voire une normalité de bon voisinage.

La « flotte fantôme » russe en mer Baltique

L’UE ou l’OTAN, ou certains de leurs États membres, cherchent à immobiliser (saisir) ou même à bloquer l’accès à la Baltique des navires de la « flotte fantôme » russe ainsi désignée par eux (il s'agit donc d'un blocus naval). Sur la question juridique de la « flotte fantôme », voir ici: https://www.nachdenkseiten.de/?p=140239.

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Cela ne relèverait plus d’une zone grise du droit international, mais constituerait une violation explicite. Ce serait une violation ouverte du droit international. La liberté de navigation (articles 17, 58, 87 et 90 de la Convention sur le droit de la mer), un principe fondamental du droit international, serait suspendue. Plus encore: ce serait une violation du principe de non-recours à la force de la Charte des Nations unies (article 2, paragraphe 4), car les navires battant pavillon russe ont la nationalité russe (art. 91, Convention sur le droit de la mer). La partie russe serait alors en droit d’y réagir, et a déjà menacé de prendre des mesures. Récemment, des navires de commerce battant pavillon russe ont régulièrement été saisis en mer Baltique. La Russie renforce désormais la protection de sa flotte marchande, notamment par des navires d’escorte de la flotte de la Baltique et des démonstrations de force de son aviation. Le potentiel d’escalade est énorme.

Un blocus naval de la Baltique dans le détroit danois pour les navires russes, ou un blocus devant Kaliningrad ou/et Saint-Pétersbourg, serait le casus belli ultime. Une absence de réaction militaire ne serait concevable qu’en cas de renoncement volontaire de la Russie à sa souveraineté. La doctrine nucléaire actualisée de la Fédération de Russie a déjà formulé ses réponses à ce sujet.

Conclusion

Le risque que le baril de poudre explose doit être considéré comme tout aussi élevé dans tous les cas évoqués. Quel que soit le point chaud qui explose en premier, les autres suivront immédiatement, car ils ne sont que des pièces d’un même puzzle: la guerre pour le nouvel ordre mondial du début du XXIe siècle.

Les élites décisionnelles européennes doivent se réveiller à leurs responsabilités envers leurs peuples et redécouvrir la diplomatie, au lieu d’entrer dans la guerre en somnambules, guidées par des principes idéologiques. Cette voie n’est pas démocratiquement légitimée.

 

vendredi, 05 juin 2026

Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

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Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199132

Lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) le 4 juin 2026, le député européen Petr Bystron a évoqué l’importance de la culture, de la coopération économique et du dialogue diplomatique entre l’Europe et la Russie. À cette occasion, il a mêlé des expériences personnelles à une critique fondamentale de la politique étrangère actuelle de l’Europe.

Notre analyse met en lumière les messages politiques de son discours et démontre pourquoi la culture est, pour Bystron, bien plus qu’un simple sujet secondaire de la politique étrangère.

SPIEF 2026 : La culture comme pont entre l’Europe et la Russie

Au début de son discours, Bystron a évoqué un incident en Allemagne, où un activiste politique a été empêché de se rendre à un événement en Italie. Cela avait pour lui une signification particulière, car il a grandi en Tchécoslovaquie, à l’époque derrière le Rideau de fer, et se montre donc particulièrement sensible aux restrictions de la liberté de voyager.

Retour à la coopération économique

En tant que député européen de Munich, Bystron a souligné l’étroite relation de sa région avec des entreprises internationales telles que BMW et Siemens. Il a exprimé le souhait que les entreprises allemandes puissent de nouveau exercer librement leurs activités sur le marché russe à l’avenir.

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Petr Bystron (au centre de l’image) au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF)

La mise en parallèle symbolique des marques allemandes avec des constructeurs chinois comme Geely et Haval, désormais présents en Russie à la place des voitures allemandes, illustre cette idée. Pour Bystron, la question n’est pas seulement de savoir si la Russie peut se passer des produits occidentaux, mais surtout qui occupera les places laissées vacantes. Sa réponse: ce n’est pas l’Europe qui profite du découplage économique avec la Russie, mais surtout les concurrents asiatiques.

Il a été particulièrement critique envers le retrait de Siemens de Russie. Selon lui, des décisions politiques et des sanctions ont obligé une entreprise présente depuis des décennies à quitter le pays. Les sanctions s’avèrent inadaptées comme instrument d’influence politique, et sont des mesures qui nuisent aux entreprises européennes elles-mêmes tout en offrant de nouvelles opportunités de marché aux concurrents d’autres régions.

La culture comme instrument de compréhension mutuelle

Au centre de son intervention se trouvait le rôle de la culture dans les relations internationales. Dans le cadre d’une discussion sur la «diplomatie culturelle» et le «soft power», Bystron a critiqué la position actuelle de nombreux décideurs de l’Union européenne en matière de politique étrangère.

Il a observé qu’une partie de l’UE se trouve aujourd’hui dans une position de confrontation aussi bien envers la Russie qu’envers les États-Unis. C’est une situation historiquement inédite pour l’Europe, tandis que les États-Unis cherchent bel et bien le contact avec la Russie et militent pour une fin à la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, il a cité la rencontre des présidents Trump et Poutine en Alaska.

Une histoire commune plutôt que de nouvelles lignes de séparation

Bystron a accordé une attention particulière à la dimension culturelle des relations internationales. Il a souligné que la Russie et les nations européennes partagent depuis des siècles un espace culturel commun et sont liées par une longue histoire.

Il a considéré l’envoi d’un représentant culturel américain à Saint-Pétersbourg comme un signal positif. Cela montre l’importance de la culture pour le dialogue entre États et que la Russie continue d’être perçue internationalement comme une grande nation culturelle. Selon Bystron, les États européens devraient accorder plus d’importance aux points communs culturels avec la Russie et utiliser la culture comme un pont pour la compréhension et la coopération.

Plaidoyer pour le dialogue et la diplomatie culturelle

À la fin de son discours, Bystron a souligné que des relations durables entre États ne peuvent pas reposer uniquement sur des intérêts économiques ou géopolitiques. La culture crée la confiance, ouvre des portes au dialogue et constitue la base d’une compréhension à long terme.

Sa participation au SPIEF s’inscrit donc, selon lui, dans une démarche de dialogue qui devrait être relancé entre l’Europe et la Russie. Le discours de Saint-Pétersbourg montre que le débat sur les futures relations entre l’Europe et la Russie est loin d’être terminé (CR).

Vidéo: